«Je suis l’Italienne la plus atypique que l’on puisse imaginer. Je n’aime pas l’été parce que, pour moi, cela signifie le chaos, les touristes, les nuits tropicales qui font sortir les gens. Mais le pire, c’est que l’on trouve des portées de chiots abandonnées partout. Et en même temps il y a plus d’abandons de chiens, puisque les gens vont en vacances.

Il y a quand même de belles choses. Comme la couleur du ciel. Ou les tons desséchés des champs. Ici, 37° comme aujourd’hui, c’est la moyenne. Mes moments les plus paisibles, je les passe dans mon jardin à l’ombre – ma peau ne supporte pas le soleil – avec une assiette de ces fruits que nous avons ici en abondance. Côté cuisine, l’été est parfait pour moi, puisque je suis végétarienne.

Les terrasses de restaurant, pour moi, sont une souffrance. Tout autour, il y a toujours des chiens qui mendient des restes. Hélas, ma famille et mes amis sont comme 97% de la population du sud de l’Italie: hostiles envers les chiens. Ils les maudissent et les chassent. Et moi je maudis le jour où mes parents, après huit ans en Suisse, sont retournés dans ce pays dont j’ai honte. Dans notre village, mon amie et moi sommes la seule voix des chiens abandonnés. Ceux qui ont le pouvoir, la commune, les vétérinaires et les prétendues «Organisations de protection des animaux», profitent de la prolifération des chiens. On devrait investir les 30 millions d’euros de subventions annuelles dans des stérilisations. Cela empêcherait la multiplication des chiens errants. Au lieu de ça, on laisse ces animaux se reproduire dehors, puis on les attrape, on les met en chenil, et tous les subsides finissent dans les poches des gestionnaires des chenils. C’est justement ce que veut la mafia, chaque chien captif rapportant des subventions à qui le soigne. Mon amie et moi essayons d’en sauver et d’en placer quelques-uns. C’est comme de vider l’océan avec une cuillère. Mais chaque âme de chien sauvé vaut les angoisses que nous vivons.»