En Suisse comme en Grande-Bretagne, BAT a noué ces contacts politiques au plus haut niveau embarrassant aujourd'hui les politiciens qui se sont laissé tenter par l'offre alléchante de la multinationale. C'est ainsi que Kenneth Clarke, candidat à la présidence du parti conservateur anglais, doit expliquer quel contrôle il a réellement exercé comme vice-président du conseil d'administration de BAT depuis 1998, poste qui lui vaut 250 000 francs annuels de jetons de présence.

Si les accusations du Guardian ne sont pas nouvelles sur le fond, le premier intérêt des documents produits vient de ce qu'ils concernent des faits très récents, postérieurs à 1998. «Comment se fait-il que M. Clarke qui avait plein de temps pour suivre l'équipe de Formule 1 de BAT n'a jamais été capable de découvrir ce qui se passait dans une compagnie livrant par millions des cigarettes à une obscure île des Caraïbes qui ne pouvait en faire un usage légitime?», demande le journal.

Formule 1 mise à part, la même question s'adresse à Peter Hess, membre du conseil d'administration de BAT International jusqu'en février dernier, date à laquelle la pression politique et médiatique l'a forcé à révéler ce mandat qu'il n'avait pas jugé utile de déclarer publiquement, puis à l'abandonner.

Le politicien zougois a déclaré qu'il quittait le conseil pour montrer son plein soutien à la lutte contre la contrebande et le blanchiment d'argent. La précision est noble mais un peu courte. Les derniers documents mis au jour ont un second intérêt: ils montrent l'ampleur et la régularité des opérations organisées par BAT International depuis la Suisse. Certaines sources estiment que les bénéfices globaux dégagés par les curieux voyages en zigzag des cigarettes dépasseraient largement le milliard de francs annuel. Les rentrées financières douteuses liées à la seule Amérique latine dépassent 300 millions, et cela pendant une période où Peter Hess était censé suivre les activités de la société. Etait-il au courant? A-t-il posé des questions? Se sent-il trompé? Ces questions, que nous lui avons posées il y a deux jours, restent toujours sans réponse.