Avec la quatrième journée du procès concernant l'accident de canyoning du Saxetbach, commençait jeudi à Interlaken l'audition des experts qui ont essayé de retracer l'enchaînement fatal des événements du 27 juillet 1999.

René Brinkmann, mandaté juste après le drame par les responsables d'«Adventure World», l'entreprise organisatrice de l'expédition, est président de la commission de formation au Club alpin suisse (CAS). Il participe actuellement à la création d'un label de qualité pour les sports extrêmes dans le canton de Berne. L'expert s'est rendu sur les lieux de l'accident quatre jours après. Selon les traces détectées alors, qui n'avaient pas été altérées par de nouvelles pluies, la catastrophe n'a pas été provoquée par une rétention d'eau ou une coulée de boue. Pour lui le drame est survenu en raison d'un fort orage, comme il ne s'en produit que quelques-uns par an, provoquant une crue telle qu'on n'en voit que tous les cinq à dix ans. Cela n'est pas inhabituel en soi mais la manière dont les événements se sont déroulés l'est bel et bien: l'eau, restée claire, est montée d'un seul coup, donnant naissance à la vague meurtrière. Si bien que rien ne pouvait avertir les randonneurs de l'imminence du danger. L'accident ne tient donc pas à une mauvaise formation. Même si l'expert admet par ailleurs que la formation des guides était insuffisante.

L'avocat des plaignants relève alors qu'un observateur avait remarqué une forte augmentation d'un affluent du Saxetbach, qui prenait une couleur noire inquiétante, et avait prévenu les pompiers d'une crue possible. Quatre guides ont par ailleurs fait état d'une coloration de la rivière, indice inquiétant: peut-on donc encore parler d'une eau restée claire? L'expert estime que oui en se basant sur l'analyse de photos de la vague.

Autre interprétation avec la venue d'un expert de la police, également guide de montagne du CAS, formé lui en canyoning: «La première chose que l'on apprend dans notre formation, c'est de ne pas aller dans une rivière, n'importe laquelle, en cas d'orage!» Pour lui, les guides ont commis l'erreur de ne s'en tenir qu'aux conditions locales alors qu'il fallait appréhender la situation générale. Ce d'autant plus que le Saxetbach compte 22 affluents, une condition propice à la formation d'une vague comme celle qui a emporté les 21 victimes.

«Dans la région, la population savait qu'une vague pouvait se former en cas de mauvais temps. Les enfants en étaient avertis, ils allaient parfois guetter le phénomène depuis les ponts.» Pour cet expert, les guides ont mal évalué la situation, et failli à une règle de sécurité de base. L'audition des témoins, notamment des rescapés, se poursuit vendredi.