Bloc de granit au cœur de l'Europe, la Suisse est pauvre; hormis la houille blanche – l'eau de ses barrages – et l'or blanc – la neige de ses alpages –, notre sol ne recèle aucune matière première, donc aucune richesse.

La Suisse a survécu par le labeur de ses habitants, par le génie de ses artisans, par la créativité de ses ingénieurs et de ses entrepreneurs.

Mais avec la raréfaction de l'agriculture et la mondialisation de l'industrie - en Chine, on fabrique aussi bien, mais meilleur marché qu'ici -, il ne nous reste plus que l'économie tertiaire, l'économie des services: acheter, vendre, enseigner, rechercher, soigner, héberger, informer.

Plus on s'éloigne des économies primaire (l'agriculture) et secondaire (l'industrie), plus on s'élève dans l'abstraction: la matière et l'énergie passent à l'arrière-plan, et c'est l'information qui occupe le devant de la scène.

Les banques et les assurances sont de gigantesques entreprises vouées au traitement de l'information. L'enseignement transmet de l'information, la recherche crée de l'information. Dans les professions de la santé, l'information est au cœur du diagnostic, comme du traitement. La presse, écrite ou audiovisuelle, prépare, transforme et diffuse l'information.

L'information est la nouvelle ressource. Immatérielle, inépuisable, illimitée, elle nous affranchit de la dépendance historique à un sol pauvre et étriqué. Mais elle nécessite aussi des artisans passionnés et compétents. Les techniques analogiques disparaissent au profit des signaux numériques, cette litanie de zéros et de uns. Le bricolage informatique s'efface devant une science des ordinateurs à part entière, qui a maintenant sa place dans le gotha des grandes disciplines scientifiques.

Depuis l'apparition des premiers êtres vivants sur cette terre, il y a trois milliards d'années, l'information a toujours été le symbole de la victoire de la vie sur le néant minéral. L'immense machine informatique qui nous irrigue aujourd'hui, le réseau des réseaux, est le système nerveux de notre société: parfois irritant par son omniprésence, il reste indispensable à notre survie économique et sociale.

Cultivons cette ressource. Accordons aux pionniers informaticiens les moyens adéquats pour insuffler au pays tout entier un nouvel élan, l'épopée de l'information. Les cerveaux électroniques ont besoin de cerveaux, désespérément!

*Professeur d'informatique à l'EPFL.