La science est l'ensemble des efforts systématiques pour acquérir des connaissances sur le monde, pour les organiser et les synthétiser en lois et théories vérifiables. Les scientifiques doivent soumettre leurs idées et résultats à la vérification et la reproduction indépendante de leurs pairs. Ils doivent abandonner ou modifier leurs conclusions lorsque confrontées à des évidences plus complètes ou différentes. La crédibilité de la science s'appuie sur ce mécanisme d'autocorrection. L'histoire de la science montre que ce système fonctionne depuis très longtemps, fonctionne même très bien. Dans chaque domaine, les progrès ont été spectaculaires. Toutefois, le système a parfois des ratés qu'il faut corriger avant que les petites dérivent ne s'accumulent.

Le bémol est que les scientifiques sont des hommes. Ils ont les défauts de tous les hommes et, en particulier, la vanité, l'orgueil et la fatuité. De nos jours, il arrive que plusieurs personnes travaillant sur un même sujet depuis un certain temps développent une foi commune et croient qu'ils détiennent la vérité. Le chef de file de cette foi devient le «pape» et distille des grands-messes. Le pape qui se prend au jeu, prend sa mitre et son bâton de pèlerin pour évangéliser ses collègues hérétiques. Jusque-là, cela prête à sourire. Mais, comme dans les vraies religions, ils ont parfois la fâcheuse tendance de vouloir s'étendre au détriment de ceux qui ne croient pas. Certaines de ces «Eglises» n'hésitent pas à se comporter comme l'Inquisition. On dirait Didi, fils de M. Wang dans le Lotus Bleu d'Hergé qui a trouvé la voie et qui va couper la tête aux autres. Ceux qui osent émettre une opinion différente se font incendier à chaque occasion, lors des congrès, voire sur leur lieu de travail. Certains jeunes chercheurs, en mal d'inspiration, préfèrent se convertir à cette religion dominante, pour devenir plus rapidement des dignitaires religieux à peu de frais, plutôt que des chercheurs innovants, voire iconoclastes. Le grand «pape» écrit sa «bible» pour diffuser sa pensée, l'impose à lire aux étudiants et aux nouveaux venus. Il formate ainsi la pensée des jeunes générations et assure son trône. C'est une attitude moyenâgeuse qui peut bloquer le progrès. Certains «papes» vont jusqu'à croire que le fait d'être pris pour le pape dans un domaine leur donne automatiquement le même trône dans tous les autres domaines…

Un conseil aux jeunes chercheurs, qui feront la science de demain: aimez ce que vous faites, mais n'en tombez pas amoureux.