La force des religions, c'est de savoir raconter aux petits et aux grands d'où vient le monde et comment il convient de s'y comporter. La faiblesse des religions, c'est d'être nombreuses et que leurs récits soient contradictoires. Toutes ont donc faux, sauf une au plus; mais rien, hors du terrorisme des prêtres et des familles, ne nous dira laquelle!

L'utopie laïque serait de mettre tout le monde d'accord sur ce qu'il est nécessaire et raisonnable d'apprendre à tous les enfants sur l'état du monde, pour arriver à un consensus harmonieux, et de laisser familles et sectes se débrouiller du reste. Mais seules les religions en perte de vitesse ou en voie de se faire dévorer rallient une telle perspective, au risque d'y perdre leur latin, leur arabe ou leur ésotérisme.

La question «D'où venons-nous?» est un des fromages favoris des religieux. Ils y répondent dans le détail, et par l'argument d'autorité quand le détail contredit l'expérience des éduqués. C'est aussi une question fondamentale des sciences, une question qui a souvent valu les pires ennuis aux scientifiques qui l'ont posée. A la différence des autres, les réponses scientifiques sont par nature provisoires, incomplètes et pleines d'autant de doutes que les autres affichent de certitudes.

Dans Genesis, Claude Nuridsany et Marie Pérennou, dont les talents de cinéastes animaliers ont touché le plus grand public à travers l'inoubliable Microcosmos, s'efforcent de raconter, dans le langage le plus simple et grâce à l'appui d'images somptueuses et drôles, ce que la science peut et ne peut pas dire de nos deux histoires: histoire de la vie depuis l'éventuel big-bang, histoire de chacun d'entre nous, depuis avant la fécondation jusqu'après sa mort.

Comme il s'agit de raconter, on a fait appel à un conteur exceptionnel, Soutigui Kouyaté, griot africain, homme de scène, réalisateur et acteur remarqué de nombreux films, dont Black Mic Mac et Little Senegal. L'humilité de la mise en scène de Kouyaté, qui raconte en costume traditionnel, au coin du feu, dans une case du fonds de la brousse, convient fort bien à la modestie de nos savoirs réellement scientifiques sur nos origines. Elle contraste agréablement avec l'assurance des «savants de télévision», qui font si souvent passer pour certitude ce qui n'est que spéculation ou dérive spiritualiste.

La qualité exceptionnelle de l'image et le choix des autres «acteurs», dont les noms défilent au générique, du fœtus humain au poisson pêcheur ou du poisson marcheur au serpent gobeur d'œuf font le reste: une heure vingt d'émotions et d'émerveillement devant une nature incroyable, que tant ne savent plus regarder. Une formidable leçon sur la vie et son histoire, sur les limites de la science et sur les questions qu'elle nous pose, auxquelles chacun répondra selon ses convictions philosophiques ou religieuses, tant qu'elles ne constituent pas des œillères.

Genesis peut se voir avec bonheur, de multiples façons et à tous les âges, comme simple leçon de choses ou comme conte philosophique.