La relation gravitationnelle qui lie le couple Terre-Lune semble avoir donné aux deux astres une histoire calme, réglée par un ordre immuable. Mais il n'en est rien. Depuis 4,5 milliards d'années, notre planète et son satellite naturel interagissent de façon plus ou moins violente, et les conséquences de cette relation sont assez surprenantes pour mériter d'être décrites.

Les missions spatiales Apollo nous ont appris que la Lune, contrairement à la Terre, n'a pas un noyau important formé de fer, de nickel et de soufre. Or, si elle s'était formée en même temps et selon les mêmes processus que la Terre, la Lune devrait aussi présenter une structure interne avec un noyau métallique et un manteau rocheux. Le meilleur scénario proposé actuellement pour expliquer cette différence majeure est que la Lune se serait formée lors d'un gigantesque impact entre une première version de la Terre et une planète, similaire à Mars, environ 100 millions d'années après la formation du système solaire. Lors de cette collision, la Terre aurait absorbé le noyau métallique de cette planète et un satellite «naturel», la Lune, se serait formée à partir de cette ex-planète. La Lune pourrait donc être une fille de la Terre et d'une planète ayant disparu lors d'un des impacts les plus violents de l'histoire du système solaire.

C'est l'attraction gravitationnelle de la Lune et du Soleil qui provoque les marées océaniques, dont l'effet est particulièrement spectaculaire sur les côtes atlantiques européennes. Il est moins connu qu'il existe aussi des marées solides: la croûte terrestre s'élève de 30 à 40 cm lors du passage de la Lune! Les marées, océaniques et solides, agissent comme un frein sur la rotation de la Terre. Cet effet continu induit une lente augmentation de la durée du jour terrestre, d'environ 1,5 milliseconde par siècle, et un éloignement progressif de la Lune, qui s'écarte de la Terre d'environ 3 m par siècle. En conséquence, l'année comptera un jour de moins dans 10 millions d'années; la Lune se sera alors éloignée de la Terre de 300 km.

En 1687, le grand physicien anglais Isaac Newton fit une remarquable prédiction: la Terre n'est pas ronde, mais aplatie aux pôles en raison de sa rotation. Les mesures faites au milieu du XVIIe siècle allaient magnifiquement confirmer cette hypothèse; le rayon polaire terrestre est de 21 km plus petit que le rayon équatorial moyen. Cette légère déformation de la Terre a des conséquences importantes et inattendues sur le climat terrestre, car l'action permanente de la Lune, du Soleil et des planètes sur ce renflement équatorial induit des perturbations sur la rotation de la Terre, dont l'axe ne pointe pas immuablement dans la même direction: l'étoile polaire n'a pas toujours indiqué le Nord! Cet effet est une des causes des changements climatiques à très long terme que connaît la Terre. C'est indirectement la Lune qui est la cause du fait que, il y a 20 000 ans, le plateau suisse était recouvert de plusieurs centaines de mètres de glace, alors que le niveau des océans était 100 mètres plus bas que maintenant.

Dans deux jours la Lune sera pleine, avec de plus une éclipse en fin de nuit. Profitons de ce moment privilégié pour réaliser pleinement l'importance de son influence à long terme sur l'environnement terrestre. Mais attention! Il faut bien préciser que la réalité des effets décrits ci-dessus n'apporte aucun support scientifique aux analyses astrologiques attribuant à une personne certains traits de caractère en fonction de la position de la Lune dans le ciel au moment de sa naissance. Etudions les influences réelles de la Lune, mais gardons les pieds sur Terre.

*Astronome, professeur à l'Université de Genève.