Durant la session d'automne, la loi sur le génie génétique a été votée par le Conseil national dans la confusion des esprits et l'opposition des extrêmes.

En commission (dite de la science, de l'éducation et de la culture), les débats étalés sur plusieurs journées avaient fait apparaître l'existence de deux camps: celui du refus obstiné de tout génie génétique et celui de son acceptation inconditionnelle. Ce n'est pas étonnant. Dans ce genre d'organe parlementaire, la plupart des intervenants n'ont que des connaissances très superficielles en biologie ou en agronomie. Ils ne peuvent se fier qu'à des préjugés personnels, des consignes partisanes ou des positions idéologiques fossilisées. Mais leur incompétence radicale les arme d'une assurance redoutable, par comparaison avec les quelques parlementaires versés dans la matière. Moins les uns en savent, plus ils tranchent avec une béate inconscience. Seuls les autres, qui ont quelques bribes de savoir, éprouvent des doutes et des scrupules.

Le texte élaboré par cette commission fut acquis au terme d'une série de votes sans majorités bien marquées. Il en fut de même d'une initiative visant à instaurer un moratoire, introduite en désespoir de cause selon le principe: puisque ces mystères nous échappent, mettons-les au frigo. Comme les débats continuaient à s'embourber, un petit malin proposa finalement une motion d'ordre qui visait à ne plus accepter de propositions de modifications sur le fond. Cette décision eut forcément pour résultat le dépôt d'environ vingt propositions de minorité devant le plénum. Ce qui n'avait pu se trancher en commission à 25 devrait donc être élucidé à 200.

Le Conseil national a mollement décidé, par 119 voix contre 62, l'entrée en matière. Par 84 voix contre 83, il a suivi de justesse la majorité de la commission en faveur de la protection des produits «naturels» contre les impuretés dues aux OGM. Se différenciant du Conseil des Etats, il a biffé le droit de recours des associations. Il s'est opposé au moratoire de cinq ans. En fin de compte, la loi est passée en votation finale par 67 voix contre 48 et 48 abstentions. Tout le monde est mécontent et les Verts menacent de déclencher un référendum.

Le texte, tel qu'il sort des délibérations, ressemble maintenant à un de ces manuscrits de Proust, composé de ratures sur des ratures, avec des ajouts sous forme de feuilles volantes. Quelques juristes essaient vainement de déceler si le texte ne comporterait pas d'incohérences.

L'objet est retourné au Conseil des Etats, qui va rajouter une couche de ratures.