Thomas Sigrist, médecin-chef de l'Institut de médecine légale à l'Hôpital cantonal de Saint-Gall, a détaillé hier à Bienne les bases médicales de la décision d'abaisser, pour la conduite sous l'emprise de l'alcool, la valeur limite de 0,8 à 0,5 pour mille. Il a rappelé une évidence: toute personne qui conduit un véhicule doit disposer de fonctions cérébrales suffisantes pour réagir de manière correcte, en particulier lorsque la situation du trafic est soudainement difficile. Dans ce cas, le conducteur est contraint de faire appel à ses réserves de capacité cérébrale. Appelées aussi fonctions de contrôle, ces réserves réalisent des opérations parfois très complexes, adaptées à une situation aussi concrète que précise. En raison de leurs capacités élevées en termes de performances, les régions du cerveau qui assurent ces fonctions de contrôle sont très sensibles à toutes sortes de perturbations, entre autres à une imprégnation alcoolique.

«Les réserves de capacité cérébrale devenant plus limitées à partir d'une faible alcoolémie, note Thomas Sigrist, des déficits apparaissent chez le conducteur dès que la situation se complique, avec le risque qu'il mette sa propre vie et celle des autres en danger. Sous l'angle scientifique, il n'existe aucune valeur en pour mille qui serait identique pour tout le monde – pour les hommes et les femmes, les jeunes et les personnes âgées. On dispose en revanche d'études à large échelle qui démontrent que dans des conditions très difficiles, les premiers déficits apparaissent à partir de 0,2 à 0,3 pour mille. Avec une alcoolémie de 0,3 à 0,4 pour mille, de nombreuses personnes – mais pas toutes – commettent des erreurs en exécutant des actes inhabituels et exigeants. Lorsque les valeurs sont plus élevées, le nombre d'individus accusant des déficits dans leurs performances s'accroît rapidement.»

L'abaissement du seuil de la mise en danger de 0,8 à 0,5 pour mille est donc pour le médecin saint-gallois amplement justifié. Il est clairement exprimé qu'«à partir de cette valeur, le potentiel de risque dépasse la limite tolérable». Pour Thomas Sigrist, le Parlement fédéral «a fait un pas en direction des usagers de la route qui s'abstiennent de consommer de l'alcool, leur évitant ainsi de devoir s'exposer aux dangers inacceptables que représentent les conducteurs en état d'ébriété. Dès l'année prochaine, ce que la science nous a appris depuis longtemps aura enfin acquis force de loi».