La Suisse participera à l'enquête PISA 2009, a annoncé hier Isabelle Chassot, présidente de la Conférence des directeurs de l'Instruction publique (CDIP). Elle n'a pas, pour autant, caché son agacement face à la frénésie du palmarès qui accompagne immanquablement chaque édition du Programme international pour le suivi des acquis des élèves. Une frénésie très mal gérée par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui laisse passer les fuites sans réagir. Malgré tout, PISA est devenu un rendez-vous incontournable, riche en informations. Cette année, les résultats de l'enquête sur les sciences ont de quoi alimenter commentaires et débats pour les mois à venir. Florilège du rapport national.

• Progrès en lecturePour la première fois, la Suisse peut annoncer un niveau de compétences de ses élèves supérieur à la moyenne OCDE dans les trois domaines couverts par l'enquête PISA. C'était déjà le cas en maths et en sciences en 2000 et 2003, ça ne l'était pas en lecture. En 2006, le score des élèves suisses dans ce domaine a progressé, tandis que la moyenne OCDE baissait. Les Suisses se retrouvent ainsi légèrement au-dessus de la moyenne. En sciences, ils font nettement mieux que ladite moyenne et en maths, ils confirment leur position dans le peloton de tête mondial (voir graphiques).

• Sciences, le cœur et la raisonCette année, l'enquête internationale met l'accent sur les sciences. Elle ne mesure pas seulement la performance, mais également l'intérêt personnel des jeunes dans ce domaine. Or, on constate un écart intrigant entre l'une et l'autre: sur l'échelle des compétences, les élèves suisses obtiennent un score significativement supérieur à la moyenne OCDE. Ils reconnaissent également (à 93%) l'importance des sciences pour comprendre l'environnement naturel (OCDE: 92%). Mais seulement 49% (OCDE: 57%) d'entre eux accordent aux sciences une grande importance personnelle et un petit 33% souhaite embrasser une carrière scientifique (OCDE: 37%).

• L'exception chimiqueAutre résultat frappant: l'intérêt par domaine. Dans la quasi-totalité des pays voisins, les jeunes s'intéressent en priorité à la biologie humaine. Cette branche est plébiscitée notamment par 77% des Allemands, 75% des Français, 74% des Italiens (moyenne OCDE: 68%). Mais les Suisses ne sont que 51% à s'y intéresser. Moins de la moitié d'entre eux se sentent par ailleurs attirés par la botanique ou la géologie. Le domaine qui les intéresse le plus (59%) est la chimie.

• L'écart social se creuseL'environnement socio-économique et l'origine continuent d'influencer notablement l'écart des performances, et ceci dans tous les domaines. En maths, les résultats des jeunes socialement favorisés dépassent d'un niveau ceux des jeunes défavorisés. Même écart entre les élèves nés en Suisse et ceux qui ne parlent pas la langue du test à la maison. Ceux qui cumulent les deux handicaps ont des résultats plus bas encore d'un demi-niveau. Un constat semblable s'impose en sciences, où le milieu n'influence pas seulement les résultats, mais aussi l'intérêt pour le domaine. Le rapport milieu-performances est particulièrement étroit en France, alors que le handicap linguistique est plus pénalisant dans les pays germanophones.

Commentant le rapport PISA, Isabelle Chassot rappelait hier que malgré son taux record d'élèves nés à l'étranger, l'école suisse obtient de bonnes performances en matière d'intégration, puisque l'influence du milieu social n'y est pas plus prononcée qu'ailleurs (dans la moyenne OCDE). En revanche, notre pays réussit moins bien que les autres à compenser le handicap socio-économique lorsque s'y ajoute l'allophonie, admettait-elle. C'est vrai tout particulièrement en lecture. Tous les espoirs se tournent vers le projet HarmoS qui prévoit notamment d'avancer le début de la scolarité obligatoire.

En attendant, la mixité sociale recule, notent les experts: malgré le fait que toutes les écoles publiques d'un même canton proposent la même offre, le phénomène de «ségrégation spatiale» s'accentue et la composition sociale des différents établissements tend à s'homogénéiser. Les solutions à ce problème «résident sans doute moins dans la politique éducative que dans une politique du logement qui viserait à développer la mixité», conclut le rapport.

• Les filles et les garçons Dans la plupart des pays, garçons et filles affichent des performances équivalentes en sciences. La Suisse n'a pas encore atteint cette égalité: les garçons y sont meilleurs que les filles de 6 points: un écart faible, mais statistiquement significatif. Il s'explique par les résultats mesurant la perception de soi, à savoir la confiance des élèves dans leurs propres compétences: les garçons sont nettement plus sûrs d'eux que les filles.

En maths, l'écart de performances entre les sexes est nettement plus prononcé, en défaveur des filles et ceci dans la majorité des pays. Il est de 13 points en Suisse, de 15,9 points en Allemagne, de 21,7 en Autriche. Exemplaires, la France, le Liechtenstein et la Belgique affichent une différence sexuelle non significative.

Les filles sont en revanche spectaculairement meilleures en lecture, et ceci dans tous les pays de l'OCDE. Leur avance sur les garçons est relativement modérée en Suisse, avec 32 points. En Allemagne, elle est de 41,9 points et en France de 35,8.