Exposition

Se baigner dans le Léman, toute une histoire

Le Musée du Léman propose jusque fin septembre une exposition qui permet de se replonger dans l’histoire de la baignade

On l’appelait le mât flottant et il fut installé en face d’Ouchy Plage, en 1929. Les baigneurs nageaient jusqu’à sa base, une grosse boule métallique qui oscillait sur elle-même, et pouvaient monter sur une échelle de 5 mètres disposée au-dessus, pour plonger dans le lac. Ce fut une des attractions d’Ouchy jusqu’à ce que les autorités finissent par le couler, en 1939, peut-être à cause des accidents, peut-être à cause de la faillite de la plage. Il avait sombré dans l’oubli jusqu’à ce qu’en 1989, la chanteuse Grace Jones, emmenée en excursion au fond du lac par l’explorateur Jacques Piccard à bord de son sous-marin, tombe nez à nez avec la sphère, plusieurs mètres sous l’eau. La sphère sera remontée.

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Des histoires comme celle-ci, le conservateur du Musée du Léman, Lionel Gauthier, en connaît des dizaines. Saviez-vous que la première école de natation autour du Léman date de 1790? Que Louis XVIII aurait fait traîner la remise de la commune de Versoix aux Genevois pour continuer de pouvoir se baigner dans le lac «sans sortir de France»? Et que le peintre Courbet s’est fait amender pour avoir nagé nu dans le lac?

Tout intéresse dans l’exposition proposée jusqu’à fin septembre par le musée de Nyon, à mi-chemin entre histoire sociale et histoire intime, entre mondanités, urbanisme, pudeur, hygiène, tourisme et sports. Gravures, affiches, photographies, maillots de bain, bouées et coupes sportives, l’enchevêtrement mêle petite et grande histoire, et montre combien le lac et la baignade font partie intégrante de la vie des riverains au point de modifier leur environnement.

On se baigne pour rester en bonne santé, pour faire du sport, pour se montrer, pour le plaisir bien sûr, de fendre une eau fraîche et de renaître à chaque fois. Des puces de canard aux silures mangeurs d’hommes pourtant, d’étranges créatures non humaines hantent aussi les eaux du lac, qui n’ont pas toujours été associées à hygiène et santé. L’exposition fait une place importante aux problèmes de saleté et de pollution du Léman. Des peintures anciennes montrent des animaux qui s’y baignent; les égouts se sont longtemps déversés directement dans l’eau, et à Evian par exemple, il fut un temps déconseillé aux curistes de se baigner au risque de perdre les bénéfices des eaux thermales.

Dans les années 1960 se sont créées plusieurs piscines en bordure du lac: ce dernier était jugé trop sale. Encore aujourd’hui, la lutte contre les déchets reste vitale – Lionel Gauthier expose d’ailleurs des objets qu’il a lui-même exhumés du Léman, parmi lesquels un fer à repasser ou un parcmètre… C’est la pollution qui explique en grande partie la baisse de la transparence des eaux, scientifiquement avérée.

On compte aujourd’hui 121 lieux de baignade autour du Léman; mais la moitié des rives environ sont interdites aux baigneurs, appartenant à des propriétés privées. Et ne vous avisez pas d’y voir un effet d’un capitalisme outrancier récent: les premières dénonciations de la privatisation des rives datent… de 1790. Plouf, une exposition rafraîchissante.


Plouf, Musée du Léman, à NyonJusqu’au 20 septembre.

Un livre à l’iconographie riche accompagne l’exposition.

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