«Nos vaches sont aux Dents-du-Midi, heureusement, mais de nombreux paysans sont obligés d'agoutter leurs vaches (les tarir ndlr)», explique Huguette Piaget de Longirod (VD). Avec le manque d'eau et la canicule l'herbe commence à manquer en plaine.

Après Fribourg, le canton de Vaud a bien décidé mercredi d'ouvrir au bétail des prairies normalement interdites au pâturage pour des raisons écologiques – Jura, Neuchâtel et Genève devraient suivre – mais cela risque de ne pas être suffisant. De plus, les paysans vaudois n'ont plus le droit, sauf exception, de pomper de l'eau dans les rivières. Une mesure qui pourrait être étendue à tous les cours d'eau, comme dans le canton du Jura, si la sécheresse devait se poursuivre. La quête d'alpages a démarré pour les éleveurs, et le carré d'herbe en altitude n'est pas facile à trouver en plein mois de juillet.

Lucien et Huguette Piaget ont commencé à envoyer leurs laitières en «vacances» d'été lors de la sécheresse de 1976. Sur les cimes elles ne produisent plus de lait mais leur absence permet d'engranger plus de foin pour l'hiver.

En Suisse alémanique, près de 350 vaches de Zurich et de Schaffhouse ont ainsi été envoyées dans les Alpes bernoises.

Et que faire des bêtes pour lesquelles on ne trouve pas de place? «Elles mangent les réserves de fourrage prévues pour l'hiver, or il y a très peu de regain», explique Michel Chaubert de Puidoux (VD). Son exploitation étant placée dans une région humide et froide, il estime que sa situation est supportable. «Mais en plaine cela devient préoccupant. Et l'orage de mercredi soir était un peu rachitique pour rétablir l'équilibre», remarque-t-il. Ses 30 vaches consomment 2000 à 3000 litres d'eau par jour. A cela s'ajoute le nettoyage des installations, incontournable pour des raisons évidentes d'hygiène. L'agriculteur n'a pas le souvenir d'une situation aussi tendue lors des précédentes sécheresses de 1976 et 1962. «En 1962 j'étais gamin, je me souviens que les champs en octobre étaient tout rouges. Mais la sécheresse avait commencé plus tard, d'après mon père, les circonstances étaient moins graves.»

La canicule fait aussi sentir ses effets sur les récoltes. Les moissons ont entre 15 jours et un mois d'avance, mais les rendements sont inférieurs à la moyenne, de 10 à 30% selon les régions. Pratiquement aucun canton n'est épargné. Les pertes sont évaluées à 40 millions en Argovie. Schaffhouse est aussi particulièrement touché, suivi de Zurich et de Thurgovie.