Alimentation

Au secours, mon ado est végane

De nombreux adolescents ou jeunes adultes prennent le virage alimentaire radical. Au risque d'inquiéter leur entourage

«Quand je suis devenue végane, il y a quatre ans, il m’a semblé que c’était un bouleversement total pour mes parents, par rapport à tout ce qu’ils m’avaient transmis sur le plan culinaire, se rappelle Luisa, 32 ans, fondatrice du webzine VeggieRomandie.ch. En plus d’être inquiets pour ma santé, ils craignaient que certaines traditions familiales se perdent, comme la dinde de Noël pour ma mère qui est Anglaise, ou les lasagnes et spaghettis-boulettes de viande pour mon père italien.»

Comme Luisa, de nombreux adolescents ou jeunes adultes prennent aujourd’hui le virage alimentaire radical consistant à ne plus consommer de produits issus des animaux ou de leur exploitation, principalement par convictions écologiques ou éthiques. Selon la Société suisse de nutrition (SSN), entre 2,5 et 3% de la population suisse suivrait un régime végétarien. Parmi eux, 1 sur 10 serait végétalien, soit environ 26  000 personnes. Des chiffres sans doute légèrement sous-évalués en regard de la vague végane qui se propage depuis quelques années sur les réseaux sociaux et les sites internet spécialisés.

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Des produits qui fleurissent dans les supermarchés

Bien que les produits estampillés véganes fleurissent dans les rayons des supermarchés, suivre un tel régime demande de bonnes connaissances en diététique, faute de quoi il peut conduire à des insuffisances. C’est pourquoi la Société suisse de pédiatrie, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) ainsi que la SSN le déconseillent aux enfants en pleine croissance, adolescents et femmes enceintes.

«Certains patients végétaliens que nous rencontrons présentent des carences en fer, mais aussi au niveau de la vitamine D et du calcium», explique Nicoletta Bianchi, diététicienne dans la consultation de nutrition clinique du Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme du CHUV, à Lausanne. «Ce qui peut conduire, chez les petits enfants, à un rachitisme, c’est-à-dire un déficit de calcification menant à une déformation des os longs, de la cage thoracique et de la boîte crânienne. Nous avons également eu des cas de dénutrition sévère causée par un manque énergétique et protéique. Le problème étant que ce type d’alimentation apporte un taux important de fibres, tout en amenant une faible concentration en nutriments.» En d’autres termes, la sensation d’être rassasié arrive rapidement, alors que les calories et les nutriments ingérés ne sont pas suffisants.

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B12 au rapport

Mais l’aspect le plus problématique se trouve ailleurs. Bien que tous les végétaliens ne souffrent pas de multiples carences, l’ensemble des études scientifiques réalisées sur des personnes suivant un tel régime rapporte avant tout des prévalences élevées de déficit en vitamine B12, avec à la clé l’apparition possible de symptômes tels que des douleurs et fourmillements, des problèmes de coordinations ou troubles de la mémoire, mais aussi de l’anémie et des problèmes digestifs.

La raison en est simple: cette vitamine s’obtient uniquement en consommant des aliments d’origine animale, comme la viande, les œufs, le poisson et les crustacés. Certaines algues sont vendues comme une source possible de B12, mais la plupart contiennent une forme qui n’est pas métabolisée par l’organisme. Bien que les réserves hépatiques assurent les besoins en B12 pendant plusieurs mois, les végétaliens stricts les épuiseront à plus ou moins long terme et la carence deviendra inéluctable. «L’aspect le plus important dans un régime végane est certainement de doser les différents micronutriments, dont la vitamine B12, et de prendre des compléments, comme la méthylcobalamine, si nécessaire», explique Maëlle Kane, nutritionniste spécialisée notamment dans les questions d’intolérances alimentaires chez les enfants et adolescents.

«Car un végane sans B12 ne restera pas végane longtemps.» Plus rassurant, les études qui se sont penchées sur les possibles carences en fer des enfants et ados végétaliens arrivent à la conclusion que les apports recommandés étaient le plus souvent respectés. Il faut dire que certains aliments comme le son de blé, le quinoa ou encore les flocons de millet affichent une teneur en fer bien plus élevée, pour 100 grammes, que la plupart des viandes rouges ou blanches. Et quid du calcium? «Ce n’est absolument pas un problème, soutient Maëlle Kane. A titre de comparaison, une petite poignée de graines de pavot contient 1360 mg de calcium assimilés à 80% par l’organisme, contre 260 mg pour un verre de lait demi-écrémé, assimilables, eux, entre 30 à 40%. Ajoutez à cela l’utilisation régulière d’herbes aromatiques comme la sarriette, le basilic et le thym, et le taux de calcium recommandé sera largement atteint.»

Régime à la carte

Outre l’aspect de l’équilibre nutritionnel, c’est aussi la dynamique familiale qui est parfois bouleversée par ces changements alimentaires. Passé les inquiétudes initiales, beaucoup de parents semblent toutefois démontrer une certaine ouverture. «Lors des repas en famille, je proposais spontanément d’apporter ou de cuisiner un plat végétalien, raconte Luisa. Désormais, ma mère m’indique avoir déjà fait le nécessaire et mon père s’intéresse à des recettes italiennes «véganisées». Je leur en suis d’autant plus reconnaissante que je suis très attachée à garder certains types de plats, la souffrance animale en moins.»

Laurence, quadra lausannoise, a quant à elle vu le contenu de ses placards changer lorsque Mathilde, sa fille de 17 ans, est devenue végane. Sans pour autant vivre cette drastique transformation comme un problème: «Nous avions déjà l’habitude de faire des plats à la carte, car les garçons de la famille sont de grands mangeurs de viande alors que les filles en consomment très peu, voire pas du tout. Cela demande simplement d’être plus flexible et de pouvoir toujours parer à toutes les éventualités.»

Même constat dans la famille Steiner, à Vufflens-la-Ville. Là, les plats de charcuterie et de fromage ont laissé la place aux courges butternuts fourrées, hamburgers aux pois chiches et panais rôtis au sirop d’érable. Simon et Olivier, la vingtaine, sont tous deux devenus véganes il y a environ une année par conscience environnementale. Un choix motivé par une philosophie de vie à part entière. «Ils ont réquisitionné une partie de notre jardin pour se lancer dans la création d’un potager en permaculture, et cultivent donc leurs propres légumes, y compris des variétés anciennes, raconte Philippe, le papa. Au début, nous préparions des plats différents, mais nous nous sommes rapidement rendu compte que c’était trop compliqué. C’est pourquoi nous mangeons désormais également végane quand nous sommes en famille. Ma consommation de viande a diminué, mais je dois avouer que je ne suis pas encore prêt à me passer d’un bon saucisson.» L’ouverture a ses limites…

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Dossier
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