Une fois leur succès passé, cheval de course, cheval de manège ou cheval de cirque finissent à l'abattoir. «Je ne pouvais plus voir ses chevaux maltraités, vieux et malades abandonnés à leur sort, s'insurge Anouk Thibaud, 26 ans. Avec des amis, j'ai donc retapé une grange à Sézegnin (dans la campagne genevoise, ndlr) pour pouvoir accueillir ces vieux animaux boiteux et de les sauver de l'abattoir ou de la boucherie.» Car pour Anouk, la plus noble conquête de l'homme a encore trop souvent une fin de vie misérable. «Plus ils sont vieux, plus ils sont moches, plus je les aime. Les étalons en pleine forme des manèges ne m'intéressent pas vraiment», ajoute-t-elle.

Fondé l'année passée par Anouk, qui est aussi déléguée pour la Haute-Savoie à la Ligue française de protection du cheval, le Refuge de Darwyn est donc une maison de retraite équine. «Ici, nous leur offrons une fin de vie digne et paisible», explique la jeune femme, tout en passant sa main dans la crinière grise de Beau gosse, 35 ans, cardiaque et à moitié aveugle. «Physiquement, je n'arrive pas à suivre. Mon dos est déjà en compote et le médecin m'a demandé de ne pas lever de charges trop lourdes. Mais il faut bien que quelqu'un fasse ces box», ajoute-t-elle, dans un concert de hennissements.