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Au sein du SEL, pas d'argent liquide mais un système d’unités symboliques pour valoriser le temps offert. (Chiara Dattola)

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Les «SELs» tissent l’entraide à l’infini

Ces plateformes d’échanges locales, fonctionnant sans argent liquide, offrent une multitude de possibilités. Au-delà du service rendu, la surprise de la rencontre

Echanger des compétences, donner un coup de main, prêter du matériel: les «SELs» (systèmes d’échange locaux) s’inscrivent en plein dans la tendance de l’économie de partage. Ils comptent pourtant parmi les plus anciens réseaux d’entraide de Suisse romande. Nées dans les années 90, ces plateformes d’échange déploient des possibilités infinies: cours de cuisine, partition de musique, jardinage, aide au déménagement ou encore baby-sitting. Ici, pas de rétribution financière, mais un système d’unités symboliques pour valoriser le temps offert. Une manière d’assurer un équilibre entre donner et recevoir. L’acronyme SEL célèbre le condiment et la monnaie d’échange ancienne, à l’origine du mot salaire.

Une bouteille à la mer

Au sein d’un SEL, tout est possible, mais rien n’est garanti. «Poster une annonce sur le site, c’est un peu comme lancer une bouteille à la mer, plaisante Francine Lefebvre, active dans le SEL de Begnins et alentour, qui compte une centaine de membres. On ne sait pas qui va répondre, ni même si l’on va obtenir une réponse. Il faut un certain courage pour se lancer.» Au fil des rencontres, les utilisateurs des SELs se sont constitués en véritables communautés et se réunissent régulièrement autour d’un pique-nique. «Au-delà du service qu’on rend à la personne, le but est de faire des choses ensemble, de créer du lien. Tout le monde peut avoir besoin d’aide à un moment de sa vie et cela peut prendre de multiples formes.» Sur la plateforme solidaire, les seules limites sont éthiques. «On ne tolère pas le prosélytisme.»

«Le lien humain est impossible à quantifier»

La petite cuisine est lumineuse, encombrées de plantes et de livres. Virevoltant d’un bout à l’autre de la pièce, Sylvia Keller, Lausannoise de 69 ans, fait l’inventaire de ce qu’elle offre ou prête en ce moment: une visseuse, un DVD sur l’écologie, un recueil de recettes véganes, un germoir, des cours de réflexologie plantaire, des raquettes de ping-pong ou encore des massages. Cette ancienne animatrice en EMS a rejoint les réseaux d’échange il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui, elle est active dans le SEL sous-gare, mais aussi dans celui de Chailly et de la Glâne. De combien d’unités disposez-vous en ce moment? Son visage s’éclaire. «Pas mal, 176 rien que pour le SEL de la Glâne. J’ai beaucoup donné. Même si parfois, on ne sait plus trop si on donne ou si on reçoit.» Elle raconte son expérience auprès d’une famille sri-lankaise. «Pendant plusieurs années, j’ai donné des cours d’appui aux trois enfants, cela m’apportait tellement qu’à un certain moment, je n’étais plus sûre d’être encore celle qui rendait le service. Le lien humain est impossible à quantifier.»

Etre et avoir

Cette après-midi-là, Sylvia a rendez-vous avec Isabelle, qui souhaite apprendre des bases d’espagnol. Les deux femmes ne se sont jamais rencontrées. 17h, Isabelle arrive, un dictionnaire à la main. Les présentations faites, la leçon commence par les incontournables: les verbes être et avoir. Penchée sur sa feuille quadrillée, la quinquagénaire aux mèches blondes est assidue. Et pour cause, elle prévoit d’acquérir un petit appartement à Malaga et compte bien pouvoir négocier le prix des oranges sous le soleil. «Ce n’est pas pour tout de suite, précise-t-elle. Quand je serai à la retraite.» Pourquoi ne pas avoir choisi une école de langue traditionnelle? «Je recherche avant tout le contact humain.»

En s’improvisant professeure, Sylvia, qui a appris l’espagnol avec son ex-mari, transmet à son tour un savoir. Au gré des conjugaisons, sur la petite table nappée de cire, une complicité se crée. La prononciation, les pronoms, les accents: tout est nouveau. On passe au verbe donner, aller, prendre puis aimer. «En espagnol, tout ce qui se prononce s’écrit, précise Sylvia. Ce n’est pas si compliqué.» Au bout d’une heure, Isabelle, qui enseigne elle-même l’anglais et l’italien, rêve déjà d’Andalousie. Un bon début.


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