D'ici peu, le monde virtuel se rapprochera encore un peu plus de la réalité. Linden Lab, la société californienne qui édite le célèbre jeu «Second Life» annonce qu'elle permettra bientôt aux participants de cet univers parallèle de réellement se parler. Ils pourront ainsi entendre la véritable voix de leurs interlocuteurs, et ne plus se contenter de bavardage via du «chat» par claviers interposés. La prochaine étape? Sans doute la synchronisation du mouvement des lèvres avec la voix...

D'abord, une brève séance de rattrapage à destination de ceux pour qui «Second Life» évoque davantage une improbable réincarnation qu'un univers de pixels. Créé en avril 2003, le jeu constitue un gigantesque monde virtuel, qui représente aujourd'hui un peu plus de 360 km2. Dès son entrée - gratuite - dans le jeu, l'internaute doit se créer un personnage - appelé avatar. Pour obtenir une plastique avenante et des habits à la mode, il lui faudra ouvrir son porte-monnaie en achetant peau et vêtements via sa carte de crédit - le véritable argent est transformé en ligne en Linden dollars, seule monnaie ayant cours dans «Second Life». Le jeu compte 4,1 millions d'utilisateurs, dont un million se sont connectés ces 30 derniers jours.

Jusqu'à présent, les discussions entre avatars se limitaient au «chat» écrit ou vocal via des applications tierces tel Skype. La semaine prochaine, un millier de joueurs testeront le nouveau service de communication vocal, avant que la fonction ne soit étendue à tous d'ici à fin mars. Il sera possible de parler avec tous les avatars qui se trouvent aux alentours... comme dans la vraie vie.

Linden Lab, qui peine toujours à capitaliser le succès de son univers, compte faire payer les utilisateurs gratuits de «Second Life». Les locataires d'onéreuses parcelles auront la possibilité de désactiver la fonction audio sur leur terrain.

Réclamée par de nombreux internautes, la fonction vocale pourrait bouleverser les échanges entre avatars. Si la communication sera plus facile, elle pourrait révéler le dessous de nombreux avatars. De nombreux utilisateurs se font en effet passer pour des personnages du sexe opposé. D'autres, qui officiaient comme prostituées via des séances torrides de «chat», devront adapter leurs talents à l'arrivée de la voix. Interrogé par le correspondant permanent de Reuters dans «Second Life», Joe Miller, vice président de Linden Lab, affirme qu'il sera peut-être possible de modifier sa voix ou d'en créer une virtuelle...

Lier sa véritable voix à celle de son avatar, souvent un personnage fantasmé, risque en effet de briser une partie du charme du jeu. Mais elle pourrait aussi donner un coup de pouce aux nombreuses sociétés qui s'établissent sur «Second Life». Mi-février, TMP Worldwide, spécialisée dans le recrutement de cadres, annonçait qu'elle allait organiser des entretiens d'embauche dans le jeu. De son côté, IBM organise déjà des réunions de travail au sein de «Second Life».

Dans cet univers virtuel, ce mois de février a aussi été marqué par le coup d'éclat d'un petit groupuscule, la «Second Life Liberation Army», qui a fait exploser deux bombes nucléaires à proximité de bâtiments, sans entraîner de dégâts. Les revendications de ces terroristes virtuels? Etablir une démocratie au sein du jeu, coter en Bourse «Second Life» et distribuer ses actions aux participants. Des demandes qui ne semblent pas effrayer les responsables de Linden Lab, et qui montrent à quel point le jeu a été colonisé par l'argent. Un exemple? Entre novembre 2006 et janvier 2007, le prix du mètre carré de terrain virtuel est passé de 6,67 à 12,30 Linden dollars. Au cours de mercredi soir, un véritable dollar valait 272 Linden dollars.