S’aimer, saigner, se séparer. Bien souvent, la rupture amoureuse est vue comme un échec, surtout si elle intervient après une longue histoire. Dans Quand la séparation donne des ailes, un ouvrage paru en février dernier aux Editions de l’Homme, la blogueuse anglaise Amy Ransom assure que la séparation apporte bien plus qu’elle ne prend. L’autrice, qui a pourtant divorcé alors qu’elle était mère de trois jeunes enfants, livre 111 leçons enthousiastes basées sur sa propre traversée. Florilège.

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D’abord, ce constat auquel on se rallie complètement. On a coutume de dire que «la vie est difficile», que «les relations, c’est compliqué», qu’«élever des enfants, c’est galère», que «rien de valable ne vient facilement», etc. Andy Ransom est formelle: «La vie est aussi difficile que nous la rendons.» Convaincue que nous sommes «responsables de toutes nos décisions», la blogueuse invite chaque personne qui vient de se séparer à passer du statut de «victime à celui d’acteur ou actrice de sa nouvelle étape».

Nos émotions ne nous définissent pas

Oui, mais quand le cœur pleure et qu’on se sent moche et abandonné? «Il faut laisser sortir les émotions, tout en se rappelant qu’«elles ne nous définissent pas», pointe Amy dans sa septième leçon. On peut être triste, en colère, amer ou revanchard, c’est un moment précis de notre existence, ce n’est pas notre identité. «Mieux vaut vivre à plein ses émotions en finissant par les observer plutôt que de les enfouir et qu’elles nous rongent», conseille l’autrice.

Sinon, de manière générale, la séparation fait plutôt du bien, recense-t-elle en souriant. On respire mieux, on reprend sa place (dans le foyer et dans le lit!), on retrouve son rythme, ses amis et ses hobbies, on formule ses propres règles et, si on en a, «on développe des relations plus mûres avec ses enfants».

On gagne en audace

Justement. Amy culpabilisait à l’idée de disloquer sa famille. En réalité, ses enfants ont très vite compris qu’il n’y avait pas une famille idéale, mais des familles, et ont pris goût aux tâches qu’ils devaient désormais assumer. Mieux, la jeune maman raconte qu’elle a osé partir en randonnée avec sa progéniture le long de la «côte turquoise en Turquie, sans savoir comment aller d’un point à un autre». Jamais elle n’aurait eu cette audace lorsqu’elle était mariée et remercie le ciel de cette confiance en elle qu’elle a pu développer.

Tout cela semble quand même très facile, non? Bien des gens sont inconsolables après une séparation. «Alors, il faut prendre un jour à la fois. Ou même dix minutes à la fois», recommande la blogueuse. Lorsqu’elle était sonnée, Amy se souvient s’être dit, «je porte toute mon attention sur les dix minutes à venir et après, on verra».

Elargir son monde

La méditation est aussi un bon remède quand tout chavire. «On s’assied, on respire profondément, on ressent le souffle du vent sur son corps, on écoute les bruits alentour et le pire passe.» Surtout, surtout, il faut prendre soin de soi. «Bien manger, bien dormir, bouger, sortir et, solution suprême, aider les autres.» En aidant, on s’aide soi-même, c’est bien connu, car la gratitude rejaillit sur le bienfaiteur.

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De caractère plutôt réservé avant la séparation, Amy a appris à parler avec tout un chacun, l’épicière, la caissière de la piscine, le chauffeur du bus, etc., et son monde s’est «élargi, ensoleillé». «Vous pouvez être seul, sans être solitaire», observe la jeune femme qui n’est pas pressée de replonger dans les jeux amoureux.

Aimer son ex

Et l’ex, alors? Comment le ou la gérer, surtout s’il y a des enfants et que les relations doivent continuer? L’autrice n’y va pas de main morte. «Je dois choisir l’amour si je ne veux pas perdre mon chemin. Ou l’esprit. Je dois choisir d’aimer mon ex-mari, oui, je dis bien aimer.» Auparavant, quand elle n’avait pas encore digéré la situation, Amy avait suivi son ex sur les réseaux sociaux. Mauvaise idée, car, plus que tout, il s’agit de «fuir toute idée de comparaison et de compétition». «En fait, il faut faire taire l’ego, car c’est souvent lui qui dicte les mauvaises pensées», philosophe l’autrice.

Aimer son ex, ce n’est pas si compliqué, au fond, quand on se souvient pourquoi on l’a choisi au départ et surtout quand on est conscient qu’il y a toujours «deux versions de l’histoire». Petit conseil d’Amy? «Ne pas s’inventer des films au sujet de l’ancien conjoint, mais toujours poser des questions.» Souvent les projections s’emballent et sapent le moral. La réalité est toujours plus apaisante que nos pires cauchemars!

Reparamétrer son budget

Dans ce même esprit réconciliateur, Amy Ransom parle régulièrement de pardon. Pardonner à l’autre, à soi-même, s’alléger, aller de l’avant, se valider le cœur content. La jeune femme aime résolument le mouvement!

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Et financièrement? Comment cette autrice a-t-elle réussi à passer le cap budgétaire alors que son mari était le principal soutien de famille? «Je me suis reparamétrée», répond Amy à la leçon 72. Peut-être parce qu’elle le devait, elle s’est battue pour vendre son premier livre publié à compte d’auteur et, six mois après sa publication, elle a obtenu un contrat pour deux livres et une petite avance. En parallèle, elle a réduit ses dépenses, expliqué aux enfants les nouvelles réalités comptables du foyer et pris un job de rédactrice «moins bien rémunéré» que ce qu’elle avait l’habitude d’obtenir au coup par coup, mais «régulier et fiable». «J’ai ainsi pu éliminer l’argent de mes pensées, alors, qu’avant, l’argent était un perpétuel sujet d’inquiétude, même quand on en avait bien plus!»

Choisir ses confidents

Etonnamment, tout le monde autour ne se réjouit pas quand vous gérez une séparation avec panache et décontraction. «Certains enviaient ma liberté, auraient voulu faire comme moi sans oser. D’autres craignaient pour ma santé, ma sécurité affective, les failles psychologiques de mes enfants, etc.» Dans tous les cas, Amy conseille de confier aux autres exactement ce qu’on a envie de confier. Pas de pression, pas de diktat, pas d’agenda.

Un jour, dans la cour d’école, une maman a voulu compatir et connaître les détails de sa séparation. La blogueuse l’a éconduite poliment, mais sûrement. «Désormais, c’est vous qui savez, c’est vous qui sentez», répète l’autrice à volonté. «Et tant pis si vous décevez. Il faut faire le deuil de l’unanimité.»

Ces recettes reflètent à l’excès une mentalité d’executive woman? Ce n’est pas faux. Mais, comme dit l’intéressée, dans une séparation définitive, «on ne peut qu’aller de l’avant, il n’y a pas de retour en arrière. Alors pourquoi ne pas y aller le plus rapidement et le plus joyeusement possible?»