«Cette histoire nous a tous choqués.» Au téléphone, le capitaine Patrick Bouvier, chef de la compagnie de gendarmerie de Nantua dans le département de l'Ain, parle avec un ton grave. Lundi dernier, ses hommes ont recueilli la plainte d'un jeune père domicilié à Bellegarde-sur-Valserine, à une trentaine de kilomètres de Genève. L'homme leur a raconté que son fils de 7 ans et sa fille de 4 ans et demi venaient de lui confier un récit abominable. Avec leurs mots, ils ont dit avoir été séquestrés et violés par des grands de leur quartier, la cité sensible de Musinens. Les enfants sont aussitôt examinés par un médecin qui confirme les sévices sexuels.

Local à vélos

Tous les hommes de la brigade se mettent sur l'enquête. En quelques jours, ils réussissent à constituer les faits et la liste des auteurs présumés. Il s'agit de sept jeunes garçons âgés de 12 à 18 ans; cinq sont mineurs, deux sont majeurs, tous sont Français. Cinq d'entre eux ont été interpellés; ils habitent le même bloc d'immeubles que les victimes. Parmi eux quatre ont reconnu les faits. Deux sont encore recherchés. «D'après nos informations, ils sont repartis chez eux, un département français d'outre-mer», explique le capitaine Bouvier. Un mandat d'arrêt a été lancé à leur encontre. Selon les enquêteurs, cette «tournante» a eu lieu en novembre à trois reprises lors d'après-midi distincts. La première fois, les sept jeunes ont réussi à attirer dans le local à vélos de l'immeuble le garçon qui était tout seul.

Sévices et menaces

L'enfant a été brutalisé et tenu pendant que les autres passaient sur lui à tour de rôle. «Ils ont tous participé», affirme le capitaine. Quelques jours plus tard, les adolescents s'acharnent de nouveau sur l'enfant dans les sous-sols de l'immeuble. Une fois le viol terminé, ils le menacent des pires sévices s'il venait à parler à ses parents. La troisième fois, les auteurs présumés parviennent à faire venir, en plus du garçon, sa petite sœur de quatre ans et demi. Ils maltraitent et violent les deux enfants.

«Le frère et la sœur ont averti leurs parents relativement tôt, ce qui nous a permis d'intervenir rapidement», dit le capitaine Patrick Bouvier. Une structure de soutien psychologique a déjà été mise en place pour aider les enfants. «Ils seront suivis pendant longtemps par un service spécialisé, car les séquelles peuvent demeurer des années après les faits», poursuit le gendarme.

Agé de 12 ans seulement, le plus jeune des auteurs présumés a été placé dans un établissement spécialisé pour délinquants. Les quatre autres interpellés ont été répartis, à l'issue de leur garde à vue, dans trois prisons de la région Rhône-Alpes.