Ils ont entre 21 et 24 ans, suivent presque tous un apprentissage et vivent chez leurs parents. Décontractés, le crâne presque rasé, ces jeunes gens semblent étrangers à leur propre procès. Tout au plus, esquissent-ils un sourire lorsque le substitut genevois Daniel Zappelli rappelle qu'un homosexuel est aussi un être humain. Et pour cause. Tous les sept, «partis pour casser du pédé», sont jugés pour l'agression d'un quadragénaire. Ils n'expriment aucun regret. Le 4 septembre 1996, vers 23 h. 30, un employé de l'Hôpital cantonal de Genève emprunte le parc Geisendorf pour rentrer chez lui. Il tombe alors sur une bande de gaillards éméchés qui le rouent de coups. «Chacun attendait son tour pour le frapper», explique l'un des accusés. Laissant leur victime à terre, les jeunes gens partent célébrer leur méfait à l'Usine. Conduit aux urgences grâce à l'intervention rapide de témoins, le quadragénaire passe plus de six heures sur la table d'opération. Tous les os de la face gauche de son visage sont brisés. Les médecins devront lui sortir l'oeil de son orbite pour placer une plaque en métal sous sa pommette. Plaque qu'il devra encore garder quinze ans. Les séquelles physiques ne sont que la partie visible de sa souffrance.

Les accusés reconnaissent tous être partis ce soir-là en mission «pour chasser les homosexuels du parc». Seuls trois d'entre eux ont admis avoir porté des coups. Les autres minimisent leur rôle respectif et assurent qu'une autre bande est passée après eux. Un témoin de la scène, qui promenait ses chiens, a pourtant formellement reconnu plusieurs d'entre eux tout en affirmant que personne d'autre ne s'est approché des lieux. L'intéressé a également assuré avoir vu ces mêmes individus commettre une agression semblable quelque temps auparavant. «J'ai prévenu la police, on m'a dit que personne n'avait porté plainte mais que la situation était sous contrôle». Trois jours après, c'était au plaignant d'expérimenter cette haine aveugle. Reconnus coupables d'agression par le Tribunal de police de Genève, les accusés ont été condamnés à 18 mois de prison avec sursis. Ils devront également verser, ensemble, un dédommagement de 24 000 francs à la victime.