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Comment élever son petit garçon dans l’égalité hommes-femmes? La question taraude même les mères les plus engagées, qui doivent lutter contre leurs biais inconscients
© Fares Cachoux pour Le Temps

Éducation

Tu seras féministe, mon fils

Comment élever son petit garçon dans l’égalité hommes-femmes? La question taraude même les mères les plus engagées, qui doivent lutter contre leurs biais inconscients

Il n’y a pas d’âge pour parler de féminisme. Au contraire: les bonnes habitudes s’inculquent tôt, très tôt. A la lumière de la révolution sexuelle qui est en train de s’opérer, de plus en plus de femmes s’interrogent sur le rôle des mères dans la formation de leur fils à l’égalité des genres et aux droits des femmes. Car ces fils seront des hommes plus tard et ce sont eux, notamment, qui façonneront la société de demain.

Lire aussi: Face au sexisme, revoir l’éducation des garçons

Le débat a été lancé il y a un an aux Etats-Unis, avec un article de Claire Cain Miller paru dans le New York Times. «Désormais, nous savons mieux qu’il faut dire à nos filles qu’elles peuvent devenir ce qu’elles veulent – une astronaute ou une mère, s’habiller en short et baskets ou en robe de princesse. Mais nous ne faisons pas la même chose pour nos fils.» L’auteure donne ensuite une série de conseils concrets pour éviter que son rejeton ne reproduise les stéréotypes de genre: le laisser pleurer lorsqu’il en a envie pour qu’il apprenne à exprimer ses émotions, encourager ses amitiés féminines, ou encore veiller à ce qu’il range sa chambre ou fasse la vaisselle au même titre que sa grande ou sa petite sœur…

Pas tous des futurs machos

Ces interrogations ont rebondi en Suisse, où les féministes tentent de dessiner des pistes sur le sujet. Par hasard, plusieurs d’entre elles sont mères de petits garçons, et sont en prime directement concernées. C’est par exemple le cas de Stéphanie Pahud, professeure à l’Université de Lausanne. Qui préfère prévenir: «Ce n’est pas parce que c’est un garçon qu’il risque automatiquement de devenir un vilain macho. Comme avec une petite fille, je suis surtout très attentive à ce qu’il soit bienveillant et respectueux envers les autres et leurs vulnérabilités.»

Notre dossier: Le sexisme ordinaire, au travail, chez soi, dans la pub, les médias...

Pour le reste, cette féministe essaie au jour le jour de mettre à distance les différences qui existent encore largement entre hommes et femmes dans la société actuelle. «Cette année à l’école, les apprentissages tournent autour des personnages de «monsieur» et «madame», explique-t-elle. «C’est assez cliché! Sa maîtresse est super, donc je ne veux pas la critiquer. Simplement, j’essaie de lui dire que monsieur jardinier pourrait être madame jardinière, et que madame curieuse pourrait être monsieur curieux.» Bien sûr, pour être capable de faire cela, il faut d’abord soi-même avoir conscience de ces différences.

Baskets roses

C’est le cas de Coline de Senarclens, à Genève, mère d’un garçon de bientôt 7 ans. «C’est impossible d’élever son enfant loin du sexisme, puisque celui-ci est partout dans le monde qui nous entoure, estime-t-elle. Du coup, la seule solution est de déconstruire les stéréotypes et de proposer un autre modèle à la maison.» A 4 ans, Jules a voulu acheter des baskets roses comme celles de sa maman et à l’école, ses camarades se sont moqués de lui. «J’ai apporté en classe un livre sur un petit garçon qui aimait le rose et cela a mis fin au problème», se souvient-elle. Quelque temps après, il a souhaité garder les cheveux longs, pour faire comme Anakin Skywalker, héros de La Guerre des étoiles. «Dans la rue ou à l’école, on le prend souvent pour une fille, mais il gère ça bien, avec notre aide. Et puis il sait qu’être une fille, cela n’a rien de dévalorisant.»

A la maison, c’est l’exemple qui compte: difficile d’expliquer à un garçon qu’il faut participer aux tâches ménagères si son papa ne touche pas au lave-linge… «Chez nous, le partage des tâches a toujours été très important. Son père a toujours fait la moitié du travail domestique. Et il s’est beaucoup occupé de son fils, de sorte que dans sa tête, les hommes et les femmes peuvent tout faire, sans exception.»

Nous avons regardé le film Hook récemment. C’est super, mais à un moment, Peter Pan embrasse Wendy dans son sommeil. On en a profité pour se demander: est-ce qu’on peut dire qu’on est d’accord quand on dort?

Quant aux livres et films que nos tout-petits consomment, là aussi, il faut toujours vérifier que les messages inconscients qu’ils diffusent ne soient pas sexistes. D’abord, en précisant, à la bibliothèque ou en librairie, que l’enfant a le droit d’acheter un livre bleu ou rose, quel que soit son sexe – le marketing de la littérature jeunesse étant parfois aussi caricatural que celui des boutiques d’habillement, qui placent des strass au rayon filles et des voitures au rayon garçons. «En ce moment, on commence à lire Zep, Calvin & Hobbes, raconte Coline de Senarclens. Même nos auteurs préférés sont parfois craignos du point de vue des stéréotypes de genre! Alors, du coup, on en discute toujours avec lui, on l’aide à développer son esprit critique. Franchement, il a super bien compris le concept du féminisme! Après, je ne sais pas si c’est pour nous faire plaisir ou si c’est vraiment intégré…»

Peter Pan et Wendy

Tout cela demande évidemment une grande attention. Chez Coline de Senarclens, les soirées télé sont aussi un bon moyen de parler de l’égalité hommes-femmes et du consentement! «Nous avons regardé le film Hook récemment. C’est super, mais à un moment, Peter Pan embrasse Wendy dans son sommeil. On en a profité pour se demander: est-ce qu’on peut dire qu’on est d’accord quand on dort? C’est à double tranchant, rit-elle. Parce que, quelque temps après, quand je lui ai dit que j’étais venue l’embrasser pendant qu’il dormait, il m’a dit que je n’avais pas le droit!»

Malgré toutes ces précautions, il est possible que certains petits garçons refusent le rose, se moquent des filles et rentrent à la maison un sabre laser à la main, les chaussures Spiderman aux pieds. «Ce n’est pas dramatique, relativise Stéphanie Pahud. Ce ne sont que des phases, souvent induites par l’école et le contact avec les camarades. Le plus important est que l’égalité soit le message de fond. Par exemple, que les filles et les garçons peuvent faire absolument tous les métiers.» Pour inculquer l’égalité, les petits moments valent mieux que les grands discours. C’est le fonctionnement de la maison dans son ensemble qui jouera son rôle au final. Et surtout, les parents – et pas seulement la mère – doivent faire leur examen de conscience afin de se demander ce qu’ils sont en train de reproduire de leurs propres schémas. Pour que les pères aussi puissent dire: tu seras un homme féministe, mon fils.

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