Il est arrivé vers 12 h à l'aéroport de Cologne, avec un avion affrété par Alitalia. Tout de suite, il a imposé son style, fait de modestie et de retenue. Benoît XVI ne s'est pas agenouillé pour baiser le sol de sa terre natale, comme l'aurait fait son prédécesseur. A sa sortie d'avion, il s'est dirigé vers Horst Köhler, le président de la République fédérale d'Allemagne. Emu, il a exprimé sa «joie profonde» de retrouver sa «chère patrie». «Je remercie Dieu qui m'a permis de commencer mes visites pastorales hors de l'Italie précisément par une visite à la nation qui m'a donné le jour.» Après les salutations d'usage, il a évoqué les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), que Jean Paul II avait convoquées à Cologne avant son décès. «La rencontre de nombreux jeunes avec le successeur de Pierre est un signe de la vitalité de l'Eglise. Je suis heureux d'être au milieu d'eux, de soutenir leur foi et d'animer leur espérance. En même temps, je suis certain de recevoir quelque chose des jeunes, surtout de leur enthousiasme, de leur sensibilité et de leur disponibilité à faire face aux défis de l'avenir.»

De son côté, le président Horst Köhler a manifesté sa fierté et souligné l'importance historique de l'élection de Joseph Ratzinger: «Nous sommes très émus que l'un d'entre nous, un Allemand, soit devenu pape, et je l'affirme également en tant que chrétien protestant.» Tandis que se déroulait la partie officielle, Cologne était en effervescence, et les services d'organisation semblaient quelque peu dépassés par l'ampleur de l'événement. Les trains-navettes entre la Kölnmesse, quartier général des JMJ, et le centre-ville étaient bondés à craquer. Les ponts qui enjambent le Rhin fermés. Le centre de presse, assailli par des journalistes furieux de n'avoir pu obtenir un laissez-passer. Penauds, les responsables admettaient qu'ils n'avaient pas pensé accueillir autant de représentants des médias. Contrairement à Rome, où toutes les apparitions du pape sont relayées par des écrans et des haut-parleurs géants, Cologne n'a prévu aucun dispositif de ce genre. Et de nombreux jeunes pèlerins se plaignaient hier de n'avoir pas reçu de nourriture ni d'eau. «Nous attendons la venue du pape depuis le début de l'après-midi, et nous n'avons pas vu une seule fontaine à eau», expliquait cette Italienne postée près de la cathédrale.

En attendant le pape, les quelque 337 000 pèlerins à Cologne tuent le temps. Ils chantent, prient, lisent ou font des rondes en se donnant la main. D'autres sont moins angéliques: dans l'un des kiosques de la gare, ils feuillettent des revues pornographiques et dédaignent les livres sur Benoît XVI. Les environs de la cathédrale étant trop exigus pour accueillir un si grand nombre de jeunes, beaucoup d'entre eux ont investi les rives du Rhin pour assister à l'arrivée de Benoît XVI en bateau. Celui-ci apparaît vers 17 h. S'adressant à eux depuis la péniche, le pape s'est dit heureux de cette rencontre. Il a en particulier salué les jeunes venus de «l'Orient», comme les Mages, dont la cathédrale abrite les reliques. Et il a rapidement évoqué sa plus grande préoccupation: «Certains d'entre vous se reconnaîtront peut-être dans le témoignage qu'Edith Stein donnait de son adolescence, elle qui vécut ensuite au Carmel de Cologne: «J'avais consciemment et délibérément perdu l'habitude de prier». «A vous tous, je voudrais dire avec insistance: ouvrez tout grand votre cœur à Dieu, laissez-vous surprendre par le Christ! Accordez-lui le droit de vous parler durant ces journées.»

Benoît XVI a aussi invité les jeunes à ne jamais se décourager et à faire les choix nécessaires. «C'est comme lorsqu'on se trouve à une croisée de chemins: quelle route prendre? Celle qui m'est dictée par les passions ou celle qui m'est indiquée par l'étoile qui brille dans ma conscience?» Venu à Cologne avec l'espoir que les JMJ feront passer un vent de foi nouveau sur la jeunesse, il a incité celle-ci à s'engager «sans réserve à servir le Christ, quoi qu'il en coûte». Le souverain pontife s'est ensuite rendu à la cathédrale, où il a vénéré les reliques des Rois mages avant de prononcer un nouveau discours sur la place Roncalli.

Vu l'accueil chaleureux qu'ils lui ont réservé, les jeunes semblent déjà avoir adopté Benoît XVI. Ils savent qu'il ne cherchera pas à imiter le style de Jean Paul II. Et l'attitude du nouveau pape est cohérente avec son discours. Il ne souhaite pas centrer l'attention sur sa personne, mais sur le Christ et l'Evangile. Et sans doute sa retenue est-elle le meilleur moyen pour inciter les jeunes à ne pas s'attarder sur les apparences, mais à regarder vers l'essentiel.