Deux corps qui prennent le temps, se collent amoureusement et respirent à l’unisson, enfin libérés du devoir d’être performants. Béatrice Devaux Stilli est formelle. Ce n’est pas parce que le désir féminin est moins constant en vieillissant et l’érection masculine moins vaillante que la jouissance, hétéro ou homo, doit être revue à la baisse. Au contraire, détaille la sexothérapeute dans Plaisirs de vie, la sexualité après 50 ans, le relatif déclin physique permet d’explorer une intimité plus inventive et plus vibrante. Comme si les boomers gagnaient en intensité ce qu’ils perdaient en vivacité.

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Le plus important est «d’oser l’extase», clame la spécialiste. «Puisque la sexualité est un projet de vie et que l’énergie sexuelle ne disparaît qu’avec notre mort, c’est l’existence même qu’il faut élever à un niveau spirituel avec la maturité.» Comment? Grâce au slow sex, à la connaissance des chakras ou au tantrisme, mais aussi en se disant tout sur tout. A bas la politesse et la simulation, place à la carte des plaisirs avec itinéraires détaillés à la clé!

Une place dans l’agenda

A propos de cartes et d’itinéraires, la sexothérapeute admet volontiers que les randonnées à deux fortifient la complicité, mais elle aimerait que les parties de jambes en l’air soient planifiées et pratiquées avec autant de sérieux et de régularité. Un vrai tue-l’amour, le sexe agendé? «C’est pourtant comme cela que marche l’adultère, s’amuse l’auteure. Et, vu la popularité du phénomène qui concerne tout de même un couple sur deux, il faut croire que, loin de nuire à l’érotisme, le principe des rendez-vous l’augmente plutôt.» S’aimer comme des amants, mais des amants transparents…

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Va pour le «quand». Reste le «comment» et là, respirez, car Béatrice Devaux Stilli parle franc. Convaincue qu’il ne peut y avoir de vraie sexualité sans une totale liberté de parole, la thérapeute invite chacune et chacun à établir la liste de ses fantasmes – une vingtaine au moins! –, à garder ceux qui conviennent aux deux partenaires, à les explorer «le cœur ouvert» et à débriefer ensuite. «Vous devez pouvoir dire à l’autre: «J’ai aimé quand tu m’as mordillé l’oreille.» «Je me suis sentie violentée quand tu as souhaité que je te sodomise.» «J’aurais tellement aimé que tu me demandes ou proposes un cunnilingus.» On l’a dit, le verbe est franc. Et, à cette honnêteté sans fard, répond l’injonction de ne pas prendre de manière personnelle une remarque négative. Pas de mesquinerie, supplie la thérapeute, «il faut rêver votre sexualité en grand, en couleur, en poésie et en folles pulsions».

Tous les corps méritent l’extase

Oui, mais les délires les plus délirants passent mieux avec des silhouettes qui en jettent, non? «Faux, s’insurge l’auteure. Arrêtez de malmener votre corps parce qu’il n’entre pas dans les critères arbitraires de beauté relayés par la publicité. Quels que soient son âge, son poids, sa condition physique, son statut social, etc., votre corps mérite l’extase, point.» Et pour faire fondre la neige et ouvrir les vannes de la créativité, Béatrice Devaux Stilli déborde de ressources…

D’abord, se dire chaque jour que la sexualité est importante, car «faire l’amour, c’est mélanger nos sucs, nos odeurs, nos sueurs, sentir notre respiration et notre cœur s’emballer, être témoins de notre corps sauvage, c’est aussi s’abandonner au souffle et à la force de la vie, ne faire qu’un avec l’Univers».

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Ensuite, se dire chaque jour que l’on est important. «Prenez cinq à dix minutes quotidiennement pour vous regarder nu(e) dans le miroir et appréciez l’image qui est renvoyée. Répétez «oui, oui, oui» avec, chaque fois, une conviction plus forte, voire de la gratitude et de l’allégresse». Enfin, quand les relations sexuelles s’inscrivent dans le temps, préférer désirer et donner plutôt qu’être désiré(e) et exiger. «On doit se demander: «Quelle part de moi vais-je apporter pour rendre la relation sexuelle belle?» et non s’inquiéter de ce que l’on va en retirer», insiste l’auteure.

A 50 ans, on accepte sa part opposée

Générosité, le mot est lâché. Parce qu’à 50 ans et plus, on a déjà fait la preuve de notre valeur professionnelle, parce qu’on a compris que l’esbroufe extérieure ne valait rien face à la satisfaction intérieure et, aussi, parce que le temps commence à compter, «on tombe plus facilement le masque, on se dévoile plus volontiers». En outre, on accepte plus aisément sa part opposée, de féminité ou de masculinité et ce point est majeur dans l’accomplissement sexuel, observe la spécialiste.

Pourquoi? Parce qu’on retourne ainsi au début de notre conception. Durant les douze premières semaines de sa formation, l’embryon n’a pas de sexe défini, instruit l’auteure, on est donc à la fois fille et garçon. Oser retrouver cet état et reconnaître le sexe opposé en soi permet de découvrir de nouveaux horizons dans sa sexualité. «Pour l’homme, ce sera par exemple assumer son désir d’être sodomisé; pour la femme, ce sera peut-être prendre davantage d’initiatives dans l’acte sexuel.»

Trouver la confiance

Comme on peut l’imaginer, toute cette exploration requiert une immense confiance dans son partenaire. Et là, surprise, Béatrice Devaux Stilli ne mise pas sur la longévité d’une relation, mais sur son intensité. «Des partenaires de trente ans peuvent être complètement déconnectés, tandis qu’une nouvelle rencontre peut tout de suite amener une complicité élevée. Le principal, c’est la capacité à s’abandonner.» Mais, justement, pour s’abandonner, il faut être en confiance… «Oui, et il existe des techniques pour cela, comme le slow sex ou le tantrisme, qui préconisent une découverte de l’autre progressive, basée sur la respiration, des massages et l’écoute sensible.»

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Il faut donc entrer en religion pour bien coucher? Non, nuance la thérapeute, le tantrisme est bien une doctrine indienne qui utilise le mouvement, la respiration et la voix pour faire monter, grandir l’énergie dans le corps et libérer la kundalini, énergie spirituelle profitant à la jouissance sexuelle, mais on peut déjà arriver à un bon niveau de complicité avec quelques exercices vulgarisés.

Deux exercices pour se chauffer

Comme, par exemple, la respiration dos à dos que décrit la sexologue. «Les deux partenaires s’assoient dos contre dos et respirent d’abord librement, puis se livrent à cinq à six respirations communes, en prenant soin de suivre le chemin des sept chakras qui va du périnée à un point situé au-dessus de la tête.» L’exercice du regard agit dans le même esprit et il s’annonce intense. «Mettez-vous debout, face à face, regardez votre partenaire droit dans les yeux et, durant deux minutes de silence, remémorez-vous toutes les qualités qui vous ont séduites lors de vos premières rencontres. Cet exercice est très utile quand une distance s’est installée entre les conjoints.»

La vertu de ces techniques? Permettre au couple vieillissant de se reconnecter et de négocier au mieux les handicaps liés à l’âge, comme les pannes érectiles, la sécheresse vaginale ou le désir en berne. «En plus du tantra, le slow sex est aussi un bon allié, poursuit la thérapeute. Se coucher simplement sexe contre sexe, sans rien faire d’autre et laisser monter le désir petit à petit, permet au vagin de se lubrifier naturellement. Qui a dit que la sexualité devait forcément être explosive? On peut aller très loin en commençant très lentement!»

Adultère et clubs libertins

Béatrice Devaux Stilli n’est pas contre l’adultère ou les clubs libertins, souvent utilisés pour compenser ou relancer le couple. A priori, tout ce qui peut profiter à l’exploration sexuelle est bienvenu, dit-elle. Mais, au fil de ses consultations, elle a observé que l’adultère n’est en général qu’une répétition du même shéma et une fuite en avant, sans remise en question de fond, tandis que le libertinage et l’échangisme entraînent souvent jalousie et dépendance.

Et l’orgasme, cette petite mort dont la spécialiste nous apprend que «celui de la femme est sept fois plus fort que celui de l’homme»? «Il faut absolument échapper à sa dictature! s’exclame l’auteure. Après 50 ans, on n’en est plus à «ton orgasme, mon orgasme». A cet âge, l’acte sexuel, c’est la conscience et le ressenti de deux énergies qui se rencontrent, se régénèrent, jouent l’une avec l’autre et permettent aux deux amants de se sentir pleinement vivants.»


Plaisirs de vie, la sexualité après 50 ans. Béatrice Devaux Stilli. La Source vive, 112 p.