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Pansexualité? Queer? Graysexuel? Vous ignorez la signification de ces mots? Les jeunes, eux, la connaissent.
© rivenord.ch

Generation

Sexualité, les nouvelles générations refusent de rentrer dans les cases

Le duo homo/hétéro est mort. Asexuel, skoliosexuel, lithromantique: la génération des moins de 30 ans s’identifie grâce à une multitude de nouveaux termes définissant leur orientation sexuelle

Pansexualité? Queer? Graysexuel? Vous ignorez la signification de ces mots? Les jeunes, eux, la connaissent. Des nouveaux termes pour leur permettre de s’identifier. Dans cette évolution permanente, la bipolarité hétéro/homo semble révolue. Pour Caroline Dayer, chercheuse associée de l’Institut des Etudes genre de Genève, «la binarité n’est pas naturelle, elle renvoie à une construction historique et sociale. Aujourd’hui, les jeunes créent un panorama plus large pour se définir plus facilement.»

Notre enquête #GénérationCH

Le Temps a lancé au printemps une enquête sur les modes de vie et de pensée, 85 questions auxquelles 1206 internautes ont répondu. Retrouvez chaque jour de cette semaine une thématique du questionnaire accompagnée d'analyses et de témoignages. Aujourd'hui: troisième volet.

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Le poids de la liberté

La richesse sémantique des Millennials déconcerte les générations précédentes. Et c’est pour rester en adéquation avec la réalité du terrain que VoGay change de nom. Auparavant, «association de personnes concernées par l’homosexualité», l’organisation vaudoise devient «association pour la diversité sexuelle et de genres». Florent Jouinot, 36 ans, est l’initiateur du groupe Jeunes (jusqu’à 25 ans). Il observe une construction identitaire plus précoce: «Il y a des coming out à 11-13 ans. Moi, j’ai rencontré le premier gay se définissant comme tel à 19 ans! Désormais, les questions d’identité commencent dès 6 ans.»

L’avènement des blogs spécialisés a facilité la circulation des nouveaux mots. Dans ce panel de choix, les jeunes peuvent avoir du mal à se décider. «Tous ces termes créent une tension et cela introduit des opportunités que d’autres générations n’avaient pas. Mais il faut choisir, c’est le poids de la liberté.» analyse Véronique Mottier, professeure en sociologie à Lausanne et directrice d’études en sciences politiques et sociales au Jesus College de Cambridge.

Néanmoins, Caroline Dayer relève un paradoxe dans la création de ces nouveaux termes. «Prenons l’acronyme LGBTIQ (Lesbian, Gay, Bisexual, Transgendered, Intersexual, Queer). Les personnes concernées sont souvent stigmatisées. Ce sigle rend visible les questions des droits humains, mais on fait à nouveau une catégorisation, car derrière ces lettres, toutes ces personnes ne vivent pas la même chose.»

Pour Florent Jouinot, les vrais enjeux apparaissent intersectionnels: «Si l’on est homosexuel, blanc avec une bonne situation, pas de soucis! Mais lorsque vous avez une deuxième vulnérabilité (origine ethnique, handicap, religion, statut professionnel et financier), c’est plus difficile de s’assumer et se faire accepter.»

«Impossible de ne pas s’identifier»

Selon son contexte d’intervention, Florent Jouinot s’identifie différemment. «Dans un collège, je dis que je suis gay. Mais dans une discussion avec des étudiants, je ne suis ni gay, ni hétéro, ni homme, ni femme.» Toute classification produit un effet de hiérarchie selon Véronique Mottier. «Nous créons des possibilités de stigmatisation. Mais il est impossible de ne pas s’identifier. Même le rejet du label est une forme de classification.»

Lire aussi:  L’illusoire liberté sexuelle des adolescents

Les jeunes générations attendent simplement une validation de notre part souligne Florent Jouinot. «Quand certains viennent nous voir, ils ont déjà fait 90% du chemin seuls avec des réflexions et des lectures. Ils nous demandent s’ils sont légitimes à se définir ainsi.» Florent Jouinot ne parle plus d’identité sexuelle, mais «d’orientation sexuelle et affective». «L’identité sexuelle est un terme fourre-tout, c’est comme si on résumait tout à la génitalité ou à la pratique sexuelle!»

Amour toujours

Malgré l’hypersexualisation de la société, l’amour reste l’aspiration principale de la Génération Y. Suite au questionnaire en ligne du Temps, 86% des moins de 30 ans estiment qu’il faut être fidèles. C’est en partie pour cette raison que le cabinet du docteur Christian Rollini, thérapeute de couple spécialiste en sexologie, ne désemplit pas. Le sexologue utilise, lui aussi, un vocabulaire précis: «Je parle des sexualités et non pas d’une seule.» Et dans cet échantillon de nouveaux termes, l’amour apparaît comme le lien. «Mes jeunes patients parlent beaucoup d’amour, c’est leur préoccupation numéro 1. Avec l’essor des réseaux sociaux, la modification de la sphère privée est inévitable. Ils sont isolés devant leur écran, mais ce qu’ils cherchent, c’est se reconnecter avec les autres».

En dépit du succès des applications de rencontres comme Tinder ou Grindr, le Docteur Rollini affirme que «l’humain a tendance à être plus à l’aise dans une relation stable. Certes, il y a un réel changement dans la consommation des relations. Il est plus facile de passer d’une personne à l’autre. Cela peut être bénéfique pour ouvrir le champ des possibles et gagner en expérience. Mais de l’autre côté, il y a la prolifération des MST.»

«Wild-dating»

Multiplier les expériences à court terme pour une plus grande richesse sexuelle? Un leurre pour le Docteur Rollini: «La recherche de la performance engendre des actes mécaniques. Et les premières images pornographiques, vues en 8 et 12 ans, participent à cette pression sexuelle.»

Malgré cette apparente émancipation sexuelle, la jeune génération crée de nouvelles barrières. Véronique Mottier s’étonne du jugement d’un de ses étudiants âgés de 20 ans. «Il me parlait de «wild-dating». C’est lorsque l’on sort et on espère rencontrer quelqu’un. Il trouvait cela dangereux. C’est l’opposé de Tinder et Facebook, où on peut tout savoir de la personne avant de la rencontrer. Avant, on rencontrait des partenaires comme ça, et c’était loin d’être considéré comme risqué.» Un nouveau vocabulaire pour une pratique ancienne.


Témoignages

«Je crois encore en l’amour de toute une vie»

Patricia, consultante en assurances de 27 ans, se décrit comme l’idéaliste d’une génération désenchantée, entre divorces et plaisirs éphémères

«Pour moi, notre société actuelle n’aide pas à croire en l’amour. Les jeunes ont souvent l’air perdu amoureusement, ils donnent l’impression qu’ils ne rêvent plus d’une relation sentimentale «traditionnelle», comme celle de leurs parents. Mais en réalité, je pense que ce n’est que le reflet d’une société dictée par l’égoïsme, le bonheur éphémère et l’hypersexualisation. Et par la déception que l’on peut ressentir face au divorce de ses parents, par exemple.

Personnellement, je crois encore en l’amour de toute une vie. D’ailleurs, j’idéalise beaucoup l’amour, le vrai, qui n’est pas que passion. Celui pour lequel il faut parfois se battre, souffrir mais qui a son fondement dans la bienveillance et l’altruisme. J’ai avant tout hérité cette vision de mes parents, qui vivent une telle relation eux-mêmes et, étant catholique, j’ai tendance à penser que le bonheur éphémère n’est pas le bonheur sur lequel on doit s’attarder. Bien qu’il y ait beaucoup de divorces, j’y crois encore car je pense que ma vie ne doit pas forcément être similaire à celle des autres. Ce n’est pas parce que cela ne fonctionne pas dans d’autres couples que cela ne peut pas fonctionner dans le mien.

Je trouve qu’il est difficile aujourd’hui de trouver quelqu’un pour construire une relation durable. Mais je pense aussi qu’on est généralement attiré par un type de personnes qui nous ressemble, qui a des souhaits similaires aux nôtres. Evidemment, je pourrai tout de même être déçue un jour. J’espère que cela ne sera pas le cas.»


 «Nous n’avons pas dit au revoir à toutes les peurs du passé»

Pour Michel, 53 ans, éducateur de la petite enfance à Genève et membre d’une communauté LGBT, si l’on parle plus des identités sexuelles aujourd’hui, les tabous subsistent

«J’ai grandi dans un milieu fribourgeois catholique, ce qui fait que je n’avais aucune possibilité de m’identifier comme bisexuel. A l’époque, cela n’existait pas. Tout ce qui était relatif au corps, à la sexualité, était tabou. Il y a trente ans, on était dans quelque chose de très oppressant, il y avait cette peur panique de l’homosexualité et de la différence.

De nos jours, il me semble que toutes ces nouvelles appellations d’identité et de genre ouvrent une pluralité des possibles. Car la binarité enferme, elle force à choisir son camp, alors qu’en réalité on ne choisit pas qui on aime. Être hors de ces deux grandes boîtes, cela permet d’être sensible à ce que l’on ressent, de s’écouter soi-même.

Par rapport à ma génération, je dirais surtout qu’on parle davantage de ces thématiques aujourd’hui, dans les médias notamment. Les jeunes ont aussi accès à plus d’interlocuteurs via Internet.

Mais tout cela reste encore trop souvent confiné au milieu protégé des associations, auxquelles le grand public s’intéresse peu. Il subsiste un «eux» et un «nous» très fort. Finalement, l’expression LGBT est vieille de vingt ans, mais on ne sait toujours pas très bien ce qu’elle signifie! On la réduit à une identité sexuelle, alors qu’il s’agit d’une réalité multiple, amicale et émotionnelle.

La société garde ce même rejet pour tout ce qui touche la sexualité. Je crois qu’elle a encore très peur de remettre ses valeurs en question. Nous n’avons pas dit au revoir à toutes les peurs du passé, à tous les interdits intériorisés! Quand Monsieur Freysinger dit qu’il n’y a pas de problème d’homophobie à l’école, que tout est bien géré, je ne le crois pas. L’identité et l’orientation sexuelles restent une cause de profonds malaises.»


 «Je suis pour l’union libre, une conception plus réaliste»

Delphine, 25 ans, étudiante valaisanne en journalisme et communication, fuit la routine et l’engagement et préfère voguer au hasard des rencontres

«Je conçois les relations sentimentales comme quelque chose de compliqué. Je trouve difficile d’évoluer à deux dans un monde profondément égocentrique et j’ai la mauvaise habitude de partir en courant dès qu’il est question d’engagement. J’aime avoir l’impression d’être libre de mes mouvements et de pouvoir explorer le champ des possibles sans restriction. Du point de vue relationnel, je suis pour l’union libre. C’est une conception que je trouve plus réaliste et qui correspond probablement mieux à l’ère actuelle.

Si j’entretiens volontiers l’instabilité chronique de ma vie sentimentale, je ne suis pas un produit Tinder pour autant. Les sites de rencontres et le virtuel, ce n’est pas mon truc. Je crois encore au hasard des rencontres et au feeling du moment. Des rencontres qui ont lieu plutôt au coin d’un bar que derrière un écran.

Je pense aussi que la routine me fait peur. Routine qui, dans mon esprit, est indissociable de la figure du couple installé depuis quelques années. Je vise quelque chose de plus «grand», sans y croire véritablement. Cette ambivalence, voire cette schizophrénie dans les idées caractérise, selon moi, les jeunes de ma génération. Nous sommes désillusionnés mais incapables de renoncer aux contes de fées.

En parallèle, cette angoisse du train-train quotidien va de pair avec mon incapacité à me projeter, dans tous les domaines. Un autre trait commun à la génération Y, qui a tendance à ne pas voir trop loin pour éviter les mauvaises surprises en chemin.»


Lexique

Asexuel: ne pas ressentir d’attraction sexuelle envers autrui. Les asexuels peuvent être attirés par quelqu’un sur un plan esthétique, mais pas sexuellement. D’autres auront envie de faire preuve de tendresse sans qu’il y ait pour autant désir sexuel.

Graysexuel: à mi-chemin entre la sexualité et de l’asexualité, les graysexuels peuvent également s’identifier comme gay, hétéro ou toute autre identité sexuelle.

Lithromantique: personne qui éprouve des sentiments amoureux mais ne souhaite pas que ceux-ci soient réciproques.

Pansexuel: être attiré sexuellement ou sentimentalement par une autre personne sans considération de son sexe.

Queer: de l’anglais «bizarre», ce mot se comprend au sens de la théorie queer. Elle critique principalement la notion de genre et l’idée préconçue d’un déterminisme génétique de la préférence sexuelle.

Skoliosexuel: personne ressentant une attirance sexuelle, romantique et/ou spirituelle seulement envers les transsexuels.

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