Le sida est longtemps resté un sujet tabou au Swaziland, la dernière monarchie absolue d'Afrique. Mais ce petit pays enclavé entre l'Afrique du Sud et le Mozambique apprend à compter avec des statistiques alarmantes. Vingt cinq pour cent de sa population âgée entre 15 et 49 ans sont porteurs du virus, dont plus de 30% des femmes enceintes. La moitié de ses patients hospitalisés sont séropositifs. Face à la gravité de la situation, le gouvernement a décidé de briser le silence. Et le roi, de montrer l'exemple. Il va se soumettre en personne et chaque année à un test de dépistage pour «s'assurer qu'il est toujours en bonne santé», précise l'agence Panafrican News. Il invite l'ensemble de la maison royale et tous ses sujets à faire de même. Les chefs swazi imposeront désormais le test du dépistage du sida à tous les candidats au mariage.

Pour Mswati III, qui vient d'épouser en secret une septième femme – son père, le roi Sobhuza II, en aurait lui-même épousé 112 – c'est une véritable révolution au palais. Depuis 1987, le pays a bien mis sur pied et financé un programme national de lutte contre le sida. Un important travail de prévention a été relayé par les enseignants. Une brochure d'information a été éditée et des préservatifs distribués gratuitement. Même la presse, habituellement muselée, peut parler ouvertement de ce fléau.

Mais il fallait davantage pour susciter une prise de conscience de la population. Le roi, polygame par tradition, évoque maintenant le sida dans toutes ses allocutions et fait la promotion du «safer sex». Et son ministre des Affaires étrangères parle de crise nationale. «Nous sommes débordés et ne savons que faire. Nous sommes conscients d'aller à la catastrophe.»

Au Swaziland, les maladies sexuellement transmissibles sont la raison majeure des consultations médicales. L'analyse des comportements à risque met en cause la polygamie et une prostitution très fréquente. Le Swaziland est une zone de transit en Afrique australe et une terre de refuge. C'est enfin un lieu de dévergondage bien connu pour les riches Sud-Africains qui viennent se dépenser dans ses casinos et ses bordels.