Lundi sera un jour symbolique pour le consortium européen EuroVacc, le groupe de laboratoires engagés dans un effort de recherche conjoint pour un vaccin préventif contre le sida. Le premier vaccin mis au point par ce consortium sera en effet administré pour la toute première fois à l'homme. Cette première aura lieu simultanément au CHUV, à Lausanne, et au St Mary's Hospital à Londres, dépendant de l'Imperial College. Ces deux centres ont été retenus pour réaliser les premiers essais sur l'homme. C'est ce que l'on appelle l'étude clinique «de phase I», destinée uniquement à vérifier l'innocuité du traitement.

Douze patients ont été recrutés par chacun des deux centres. «Cette phase va durer une année, explique la responsable logistique de l'étude lausannoise, Séverine Burnet. Ses résultats devraient tomber vers la fin de l'année 2004. Son seul but est de vérifier l'absence d'effets secondaires et la sécurité du traitement. Les chercheurs surveilleront les réactions possibles à la prise d'un vaccin: rougeurs locales, frissons, fièvre.» La capacité du produit à induire une réponse immunitaire protectrice ne sera évaluée que dans un deuxième temps, si la sécurité du vaccin est confirmée, au cours d'une étude clinique «de phase II» qui impliquera davantage de patients et d'hôpitaux.

Les volontaires, pour être retenus, devaient être séronégatifs, et ne pas présenter de risques d'infection. Autrement dit, au moins du point de vue du sida, être des personnes en parfaite santé. Certes, les chercheurs ne commencent pas une étude chez l'homme sans de sérieuses précautions. Mais qui sont ces personnes en bonne santé qui acceptent de se soumettre à un traitement expérimental qui ne leur apporte aucun bénéfice immédiat? «Il n'y a pas de levier financier, précise Séverine Burnet. Les volontaires sont uniquement défrayés pour les frais liés à leur participation, comme l'exigent fermement les commissions d'éthique. Les participants ont été recrutés par petites annonces au CHUV, à l'université et à l'EPFL.» Souvent, les candidats sont sensibilisés à la cause du sida, notamment pour avoir des proches touchés. «Tous les participants ont participé à une séance avec le médecin qui dirige l'étude, poursuit la responsable, et ont pu donner un consentement éclairé.»

Contrairement aux vaccins dits «thérapeutiques», destinés à mobiliser les défenses des personnes déjà infectées, les vaccins «préventifs» comme celui qui est testé à Lausanne ont pour but de protéger l'organisme contre des contacts ultérieurs avec le virus. Le vaccin développé par EuroVacc, appelé NYVAC-C, est produit par Aventis Pasteur, la division vaccins du groupe pharmaceutique franco-allemand. Il est dirigé contre le sous-type C du virus, le plus fréquent dans le monde.

Le vaccin est constitué d'antigènes de synthèse, intégrés à un virus de la vaccine hautement atténué. De ce fait, comme ce montage n'a rien à voir avec le virus du sida, les volontaires ne courent aucun risque de développer la maladie, a précisé à l'AFP Giuseppe Pantaleo, chef du Service d'immunologie et d'allergie du CHUV: «On n'injecte pas le virus du sida, mais seulement des parties du virus synthétisées en laboratoire.» Et le spécialiste de rappeler que 3200 personnes participent à des essais similaires dans le monde.