Au fil des ans, l'air de rien, il s'est imposé comme le Monsieur Chine de la Suisse romande. Gérald Béroud, 50 ans, créait, il y a tout juste dix ans le site internet d'information Sinoptic. Très vite, cette plate-forme de qualité sur les relations entre la Suisse et la Chine a trouvé son public et s'est imposée comme la référence incontournable dans ce domaine. «A l'origine, il n'y avait rien en Suisse pour centraliser l'information sur la Chine que ce soit dans les domaines politique, économique ou autres. L'idée de créer un tel site captivait beaucoup de monde, mais personne n'était prêt à le financer. Plutôt que perdre mon temps en démarches vaines, j'ai décidé de le faire moi-même. Je n'aurais jamais pensé qu'il connaîtrait un tel développement.»

Aujourd'hui, Sinoptic accueille 24 000 visiteurs par mois et plus de 200000 requêtes. Les utilisateurs sont Suisses, mais également Français, Canadiens ou Belges. Le site satisfait des intérêts très divers. «Il répond aussi bien à la demande des diplomates que des hommes d'affaires, des étudiants de chinois, des politiciens ou des journalistes.»

Sinoptic est d'abord un agrégateur d'informations. L'une de ses forces a été de mettre en valeur les revues de presse fournies par les services diplomatiques suisses de Pékin, Shanghai, Hongkong et, plus récemment, de Canton. Il fournit également de nombreux services pratiques pour les personnes qui veulent se rendre en Chine.

Sociologue de formation, spécialiste des toxicomanies, Gérald Béroud a débuté des études de chinois en 1989. Il ne cesse depuis de sillonner le pays. Sinoptic ne lui rapporte pas un sou. Il refuse la publicité pour «préserver l'atmosphère» du site et ne bénéficie d'aucun soutien financier. C'est par contre une excellente carte de visite. «Tout ce que je sais faire est dans le site.» Ses revenus, Gérald Béroud les assure par ses travaux de traduction, de création de site et l'organisation de visites en Chine pour des hommes d'affaires ou des politiciens.

Lutte permanente

Auréolé d'une excellente réputation cet amoureux de la Chine n'en doit pas moins se battre pour se faire accepter dans les visites officielles de ministres suisses en Chine. «C'est agaçant de devoir à chaque fois réexpliquer ce que je fais.» Parce qu'il travaille avec la Chine, certains croient que c'est la fortune au bout du chemin. «Mon budget est de 150000 francs par an. C'est une lutte permanente. Rien n'est certain.»

La fréquentation du site augmente en fonction de l'actualité. Lors de la crise du Sras, en 2003, par exemple, ou des récents événements du Tibet. Gérald Béroud regrette à ce propos la culture de l'affrontement plutôt que de débat sur cette question en Suisse. Modeste, discret, il aime à citer ce dicton chinois: «Homme craint la renommée comme le cochon de devenir gras.» Un sage principe qui devrait lui assurer dix nouvelles années de succès.