Éditorial

S’inspirer des pionniers de l’habitat

EDITORIAL. Cette semaine, l'une de nos séries d’été explore cinq manières d’habiter qui s’émancipent des modèles traditionnels. On peut en tirer plusieurs conclusions. Notamment que la vie en solo a pris le pas sur la vie en famille

Fini le schéma «un appart pour chaque famille nucléaire». Du 23 au 27 juillet, «Le Temps» explore les nouvelles manières de vivre sous un même toit.

Les épisodes:

La contrainte nourrit la créativité. Dans une ville comme Zurich, où il faut parfois faire la queue dans la rue pour visiter un logement correct, certains se sont mis à imaginer d’autres modèles. L’influence de ces pionniers rejaillit ailleurs en Suisse.

L’appartement en cluster (plusieurs studios connectés par de grandes pièces), par exemple, n’est plus seulement une idée née dans la tête d’une poignée d’anciens squatteurs zurichois toujours prêts à sacrifier le confort individuel au nom du collectif. Il séduit aussi des cinquantenaires, pris de vertiges lorsque les enfants quittent le nid familial. Ou une population de la classe moyenne prête à renoncer à un peu de «privacité» afin de conquérir de nouveaux espaces et de recréer l’esprit convivial du village, qu’ils ont connu dans leur enfance.

Repenser la colocation

Le même désir anime ces jeunes trentenaires actifs qui préfèrent repenser la colocation d’étudiant – version sophistiquée dans une vaste villa – plutôt que de s’enfermer dans un micro-appartement, finalement plus cher et anonyme. Et il y a ceux qui aspirent à un changement plus radical. Comme ce trentenaire qui a décidé de jeter le superflu, jusqu’à se débarrasser de son appartement, pour parcourir le monde au gré de ses besoins professionnels. Il incarne une génération hyper-mobile et connectée, qui privilégie l’usage à la possession. Ou ce jeune homme qui, par goût de l’aventure, a renoncé à son loft de 180 m² pour bâtir un appartement de 17 m² dans une ancienne roulotte de cirque.

On peut y voir des phénomènes anecdotiques et marginaux. Ou alors, lire derrière les lignes des mutations à l’œuvre dans la société. Ces exemples reflètent une tendance qui façonne le paysage des villes suisses: le morcellement du modèle de la famille traditionnelle. Cellules monoparentales, recomposées, couples vivant à cheval entre deux villes: les modes de vie se diversifient.

La vie en solo a pris le pas sur la vie en famille

Qu’elle soit choisie ou subie, la vie en solo a pris le pas sur la vie en famille. Elle devient même le type d’habitat le plus courant en Suisse avec 35% de ménages d’une personne, voire un sur deux dans les centres urbains, comme Genève. Ce sont des personnes âgées, séparées, ou restées seules dans leur appartement après le décès d’un partenaire. Mais aussi des jeunes actifs entre 20 et 30 ans, avides d’indépendance, qui n’ont pas l’intention de partir sans transition de chez papa et maman pour se mettre en ménage et fonder une famille.

Les constructions du XXe siècle, pensées sur le schéma traditionnel – papa, maman et deux enfants –, sont en décalage avec ces nouvelles aspirations. Quant aux règlements qui encadrent le bâti, ils laissent peu d’air aux nouvelles idées. L’éclatement des modes de vie appelle des politiques du logement qui sortent des cadres rigides du passé et des concepteurs immobiliers qui fassent preuve de sens de l’innovation. Quitte à s’inspirer d’une poignée de pionniers.

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