«Aucun de ses traits n'est en lui-même d'une remarquable joliesse», se désolait Ludovica en parlant de sa fille Sissi. La jeune Elisabeth avait 14 ou 15 ans alors, et n'était pas assez jolie pour trouver un fiancé à la cour de Saxe. La plus belle des filles de la famille Wittelsbach, c'était sa sœur aînée, Hélène. Et pourtant, comme tout le monde le sait aujourd'hui, c'est Sissi que l'empereur François-Joseph prit pour fiancée, le jour de ses 23 ans, en ce dimanche 18 août 1843.

Peu à peu, Sissi retourna l'amour qu'elle vouait à son illustre époux sur sa propre personne. Elle dosait ses apparitions, usant même parfois d'une doublure – la comtesse Marie Festetics, sa dame d'honneur ou encore sa coiffeuse Fanny Feifalik – pour éviter les regards de la foule. Selon sa nièce Marie Larisch, «elle rendait un culte à sa beauté comme un païen à ses idoles, elle se mettait à genoux devant elle. Le spectacle de sa perfection physique lui procurait une jouissance esthétique.» Un siècle avant la naissance des fitness californiens, l'impératrice se travailla au corps avec une rudesse extrême. Elle s'imposa des régimes drastiques à la manière des top models contemporains et souffrait, de plus, d'anorexie.

Ce qui ne l'empêcha pas de terminer sa vie percluse de rhumatismes, d'arthrose et souffrant d'œdèmes de dénutrition, ainsi qu'avait pu le constater avec étonnement le Dr Victor Eisenmenger qui l'examina à Territet en 1897. La femme qui expira à Genève le 10 septembre 1898 avait la peau ridée et tannée à force de balades au grand air. Mais entre-temps, malgré sa dentition déplorable, elle aura été vénérée comme l'une des belles femmes du monde.

La chevelure de Sissi

«Je suis l'esclave de mes cheveux», disait-elle. L'impératrice avait des cheveux d'une beauté hors du commun: ils lui tombaient jusqu'aux talons en vaguelettes couleur châtain. On les lui lavait toutes les trois semaines et la séance durait tout une journée. Sissi était littéralement inféodée à sa coiffeuse, Fanny Feifalik, qui, mieux que personne, savait entretenir et tresser ce trésor en couronne, trois heures par jour, dissimulant habilement les cheveux morts, et les cheveux blancs: à 50 ans, l'impératrice n'en arborait aucun.

Le corps de Sissi

D'après ses biographes, elle mesurait 1m72, pesait environ 50 kilos et son tour de taille n'a jamais dépassé 50 cm. Quant au tour de hanche, il était de 62 à 65 cm (mais la mesure se prenait plus haut qu'aujourd'hui). Comme on peut s'y attendre, le tour de poitrine de l'impératrice n'est pas connu. Selon le rapport du médecin légiste genevois, Elisabeth mesurait 1m77, pesait 44 kg et mesurait 47 cm de tour de taille lorsqu'elle est décédée à l'âge de 61 ans. Autant dire un squelette. Quelle que soit sa taille véritable, une chose est sûre: elle était plus grande que son impérial époux, même si les peintres de la cour s'évertuaient à représenter l'empereur plus grand qu'il ne l'était.

Sissi passe (peu) à table

Elisabeth était anorexique et souffrait d'anémie. L'aliment dont elle avait fait la base de son alimentation était le lait. Elle avait même fait installer des laiteries à Schönbrunn et poussait la passion du lait frais jusqu'à emmener avec elle deux vaches et une chèvre lorsqu'elle partait en mer. Son déjeuner se résumait souvent à un peu de jus de viande. A la fin de sa vie, elle ne se nourrissait quasiment plus que de lait et d'œufs. «Elle aimait également beaucoup les glaces. C'était une sorte de nourriture de compensation», raconte le professeur d'histoire genevois Jean-Jacques Langendorf. Datée du jour de son assassinat, le 10 septembre 1898, la facture que l'Hôtel Beau-Rivage fit suivre à Vienne mentionne la glace et le fameux verre de lait de l'impératrice.

Sissi fait de la gymnastique

L'impératrice, cavalière et randonneuse émérite, avait un grand besoin de se mouvoir. En 1874, lors d'un voyage en Angleterre, elle prit l'habitude des bains de mer. L'empereur Guillaume Ier «riait de son mode de vie excentrique, estimant que peu de gens auraient supporté de se baigner trois fois par jour une demi-heure dans la mer». Lorsque dans les années 80, elle abandonna le saut et la chasse à courre, auxquels elle s'était adonnée avec passion, elle remplaça son entraînement par de grandes marches quotidiennes de plusieurs heures menées à un rythme si rapide que ses dames d'honneur ne pouvaient suivre. Sissi avait fait installer des salles d'exercices dans tous les châteaux où elle séjournait et une salle de gymnastique à la Hofburg: chaque jour, elle sacrifiait au rituel des barres, des haltères et des anneaux, prenant appui sur le sol, sautant et tournant sur elle-même comme une toupie, ce qui impressionnait beaucoup son professeur de grec Constantin Christomanos. Replacées dans le contexte de l'époque, les séances de gymnastique quotidiennes de l'impératrice étaient tout bonnement scandaleuses.

Les secrets de beauté de Sissi

Selon sa nièce Marie Larisch, Sissi se faisait des masques de viande de veau cru pendant la nuit ou de fraises, à la belle saison. Pour entretenir la souplesse de la peau, elle prenait des bains d'huile d'olive chaude. Comme chaque femme de l'époque, palliant l'absence de produits cosmétiques, elle avait ses secrets de beauté. Pour garder une peau de bébé elle prenait des bains de lait et de miel. Pour ses cheveux: un mélange de henné, de lait frais et de jaune d'œuf qu'elle laissait poser 20 minutes. Dans son ouvrage sur les secrets de beauté de Sissi, Chris Städtlaender révèle la recette du lait nettoyant que l'impératrice utilisait pour son visage et le décolleté: 5 g de gélatine, 180 g de glycérine, 60 ml d'eau distillée, et quelques gouttes d'huile de rose. Question parfum, l'impératrice en avait plusieurs: il paraît qu'elle appréciait l'odeur de «Fantasia de fleurs» de Creed, et Jacques Guerlain, toujours inspiré par les belles femmes, lui créa une fragrance personnalisée.

Les tortures de Sissi

Selon une domestique, Marie Henike, Sissi n'était pas tendre avec son corps: «Bains de vapeur suivis d'un bain froid à sept degrés. Sa majesté reconnaît d'ailleurs qu'elle a toujours ressenti, après, des bourdonnements dans les oreilles; cure de transpiration: chaque soir, chaudement vêtue, grimper à vive allure sur la montagne… C'était contre l'embonpoint. Mais sa Majesté semblait toujours si épuisée ensuite!» Quant à la séance de laçage de son corset, qui lui faisait la taille incroyablement fine, il durait une heure.

Sissi et la mode

La mode n'intéressait pas l'impératrice. Elle laissait volontiers le rôle de «locomotive» de la mode viennoise à la princesse Pauline Metternich, qu'elle n'aimait guère. Elisabeth préférait le naturel aux artifices. Et afin de mettre toujours plus en valeur sa silhouette incroyable, elle faisait coudre ses vêtements sur elle, réduisant ses sous-vêtements au strict minimum.

La plupart de ces informations proviennent de l'ouvrageElisabeth d'Autriche, Brigitte Hamann, Fayard, 1997.