Les avalanches ont changé mais on ne le savait pas. A entendre les chercheurs, elles frappaient hier sans distinction les plus innocents mais se concentrent aujourd'hui sur ceux qui s'exposent, skieurs, surfeurs et autres amateurs de sommets. C'est ce que révèle l'analyse de l'Institut fédéral pour l'étude de la neige et des avalanches (ENA), que publie la revue Les Alpes du Club alpin suisse. «Certes, il y a toujours un ou deux hivers catastrophiques par siècle, relativise Jürg Schweizer, son auteur, en pensant aux drames de l'hiver 98/99. Mais pour le reste, la part des victimes non sportives n'a cessé de baisser durant les trente dernières années, grâce aux efforts entrepris pour protéger les routes et les habitations.»

L'étude de Jürg Schweizer porte sur les années 1987 à 1997. Elle se base sur l'analyse de 630 avalanches déclenchées par l'homme. Quand elles furent meurtrières, elles ont frappé des personnes qui, pour 93% d'entre elles, étaient en train de pratiquer un sport d'hiver. Dans 90% des cas, la victime ou l'un de ses compagnons aurait même été responsable de la coulée. Ces déclencheurs d'avalanche seraient à 80% des skieurs, à 11% des surfeurs et à 7% des alpinistes ou des randonneurs en raquettes.

L'entrée d'un skieur dans la zone critique suffit en général au décrochement d'une plaque de neige. Celui-ci se produit le plus souvent au-delà de 2400-2500 mètres, dans des couloirs ou des combes où la déclivité maximale est de 38-39 degrés, à l'ombre ou au voisinage des crêtes. Alors que les avalanches naturelles sont majoritairement formées de neige fraîche, les skieurs en déclenchent plus souvent sur la neige sèche, dont ils se méfient moins.

Les sportifs prennent-ils plus de risques qu'hier? «Vingt-deux skieurs mouraient chaque année durant les années 70, vingt-trois durant les années 80 et vingt et une durant les années 90, énumère Jürg Schweizer. Ce qui atteste une certaine stabilité, alors que la pratique des sports d'hiver n'a cessé d'augmenter.» Dans le même temps, rappelle le chercheur, ces chiffres ne faisaient que croître aux Etats-Unis et au Canada. La Suisse pourrait finalement se flatter d'une meilleure prévention des risques.

Reste pourtant quelques téméraires qui devraient méditer ces statistiques. Ils pourraient consulter les bulletins nivo-météorologiques et les informations locales avant de se lancer. Vérifier plus souvent leur matériel et indiquer leur itinéraire à une personne de contact. S'interdire les courses dominant un lieu fréquenté (voir la récente avalanche au Grand-Saint-Bernard). Et éviter la mobilisation de toute une vallée en prévenant de leur retard grâce à un téléphone portable.