Saveurs du français

Snieule, ritournelle qui scie tant

Voilà un mot aussi riche que sa signification est pourtant barbante. En Savoie, selon l’intéressant glossaire en ligne d’Henry Suter, on dit «sniule», pour illustrer une ritournelle, une scie, au sens de la rengaine musicale qui ennuie. Le terme aurait peut-être à voir avec le plus ancien mot de patois savoyard «sniula», un «homme facile à mener». Le lien conceptuel entre les deux notions reste toutefois à établir…

La résonance géographique, elle, est incontestable. A Neuchâtel et dans le Jura est apparue une snieule, ou sniule de nouveau, ou même segneule. La référence à une lassante mélodie demeure intacte. Mais une facette nouvelle revivifie le vocable. Il est question d’une «personne qui se répète, qui rabâche, qui traîne, qui ressasse». Le parfait scieur, donc, le ruminant d’idées et radoteur de paroles. L’un de ces terribles raseurs, embusqué devant la machine à capsules de café le matin, ou au bar le soir. Celui qui tentera d’embarquer sa proie dans une histoire récurrente au point que nous demandions grâce. Puis, que nous implorions l’intervention de la foudre afin de carboniser l’ennuyeux – ou nous-même, si la première option n’est pas possible.

Il y a quelques années dans une chronique, Le Quotidien Jurassien a cité «snieule», mais alors, au masculin: «Des sacrés snieules, d’éternelles rengaines», titrait le journal. Lequel, après une histoire en patois, concluait: «L’apprenti accordéoniste casse les oreilles à son entourage.» Cette semaine, goûtant quelques mots locaux, nous espérons ne pas virer snieule.