Après avoir longuement travaillé avec des adolescents, Aline Saurer suit aujourd'hui des jeunes enfants souffrant de troubles de la personnalité. La psychologue genevoise a elle-même vécu aux Etats-Unis. Elle s'interroge: «Encore sous le choc de ce massacre au Colorado, j'aimerais

me rassurer en trouvant des explications aux actes de ces

deux jeunes gens. Hélas, je crois

peu aux signes annonciateurs repérables chez une personne qui

va commettre un acte violent. Un délit est, entre autres, déterminé par une ambiance sociale. En Suisse, nous détenons un triste record, celui des suicides d'adolescents. J'ai connu

des jeunes suicidés et, franchement, parfois, je ne m'en serais pas douté.

Si tant d'adolescents américains prennent les armes pour tuer des camarades à l'école, c'est que le contexte est favorable. Ces fusillades s'inscrivent dans une longue série qui fait écho à la filmographie américaine. Le continent s'est construit sur un slogan qui prône la violence comme survie avec le fameux «Struggle

for Life». De plus, la société américaine ne cesse d'émettre des messages paradoxaux, c'est-à-dire qu'elle affirme en même temps une valeur et son contraire. Répéter à chaque occasion les slogans chrétiens comme «Tu ne tueras point» et encourager massivement la vente d'armes aux particuliers, prôner à la fois une grande permissivité sexuelle et la chasteté des couples mariés, c'est idéal pour rendre les gens fragiles fous. Les deux garçons meurtriers de Littleton étaient issus

de milieux puritains. Faisaient-ils

encore la différence entre la réalité

et la fiction au moment des faits?

Je n'en suis pas sûre. Ils auraient agi

en riant et en ricanant comme les joueurs de vidéos devant leur écran. Quand l'agressivité meurtrière et le déni de mort s'entremêlent, cela peut donner un résultat effrayant.»

Ar. Ra.