Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Pixabay.com

Psychologie

Quand la société stimule nos ego

Réseaux sociaux, individualisme exacerbé et éducation libérale: la société actuelle favoriserait-elle les narcissiques? Décryptage et pistes pour sortir du schéma égocentrique

«Aujourd’hui, lors d’un repas, il arrive que chacun soit accroché à son téléphone. Se montrer à son réseau, à un maximum de monde possible, est devenu plus intéressant que d’être vraiment présent», explique Jean Cottraux, psychiatre et membre fondateur de l’Academy of Cognitive Therapy, à Philadelphie. «C’est ça, le narcissisme.» Dans Tous narcissiques, un livre sorti au printemps dernier chez Odile Jacob, il décrit différents types d’égotisme dans une société où chacun aime à se contempler.

Car les réseaux sociaux nous ont rendus plus égocentriques qu’auparavant, selon Jean Cottraux: «Les gens sont à la recherche du «like», d’une approbation permanents. D’autant qu’ils voient que certains font carrière indépendamment de leur fond, simplement avec leur image.» Une autre cause du phénomène, c’est une éducation laxiste: «Les parents qui ne fixent pas de limites favorisent le narcissisme», analyse le psychiatre. «L’enfant une fois adulte s’attend» alors «à pouvoir obtenir ce qu’il veut».

Lire aussi: Condamné pour un «like» 

Le piège de la réussite personnelle

Mais le narcissisme n’est pas seulement une conséquence des réseaux sociaux ou d’une mauvaise éducation. Bernard Reith, psychiatre et psychanalyste à Genève, exerce depuis 1982. Il reçoit plus de gens égocentriques qu’auparavant. Cela s’explique notamment, selon lui, par le contexte «néolibéral» contemporain: «Il y a cette volonté de réussir, d’être en concurrence avec les autres, d’être fort, d’être beau.» Il vient donc en aide à des patients dont le mode de vie est devenu très égocentrique: «Pour beaucoup, surtout dans le monde des affaires, le travail et l’argent ont acquis une importance qui joue contre la relation avec les gens qu’ils aiment. Ce narcissisme où tout est basé sur la réussite personnelle prend souvent des proportions assez tragiques.»

Mais il n’y a pas que des aspects négatifs à cette évolution de la société. Jean-Philippe Jacques a fondé Ressources-Mindfulness à Genève, une structure qui propose des activités basées sur une méditation dite «en pleine conscience». Pour lui, amener l’attention sur soi est une étape nécessaire: «Je pense qu’il faut commencer par un renforcement de l’ego. Ensuite, on peut se déployer vers l’autre, dans une perspective altruiste. Sauf évidemment si la personnalité est psychologiquement pathologique.» Jean Cottraux, lui, parle dans son livre de narcissisme «positif», qui conduit à la créativité.

Lire également: De faux «like» russes à vendre en ligne pour booster son compte Instagram

«Faire appel à la compassion»

Mais si un égocentrisme persistant guette, comment lutter? «Il faut commencer par accepter la pulsion, ne pas la renier», propose Jean-Philippe Jacques. La pratique de la méditation peut aussi, selon lui, ouvrir un chemin vers l’autre: «Certaines personnes viennent suivre nos cours avec l’envie de simplement booster leur ego», sourit-il. «Mais à travers la méditation, on va convoquer l’autre, faire appel à la compassion, et donc sortir de cet égocentrisme.»

Pas facile, cependant, de se défaire d’une telle personnalité: «Ce comportement est une façon de se protéger face à un sentiment de vulnérabilité», explique Bernard Reith. Sa solution à lui, c’est donc la thérapie: «Nous devons montrer au patient qu’il peut se construire autrement qu’en étant égocentrique, mais c’est très angoissant pour beaucoup de gens: ils pensent que cela fait vraiment partie de leur identité.» Pour Jean Cottraux, il faut pouvoir garder près de soi des personnes capables de dire: «Tu exagères.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo société

Des gadgets à dormir debout

Masque oculaire digital, applications qui mesurent les cycles de sommeil, lunettes filtrantes: la technologie peut-elle vraiment nous aider à mieux dormir? Notre chroniqueur en doute. Son édito en vidéo

Des gadgets à dormir debout

n/a