Pour n'avoir pas su ménager la terre lors du développement de leur société, la civilisation mésopotamienne et les Mayas ont provoqué leur propre perte. L'air de rien, cette menace est encore d'une suffocante actualité, malgré les moyens matériels et intellectuels incomparables dont disposent les hommes d'aujourd'hui. Pollution des sols par les métaux lourds et divers produits chimiques ou organiques, accélération de l'érosion par le déboisement, salinisation, alcalinisation, acidification, rien n'est épargné à cette terre qui abrite, supporte et nourrit tout ce qui vit sur la planète. Le sol est aussi un filtre, une interface entre l'atmosphère, la lithosphère et l'hydrosphère. C'est dire l'importance qu'il revêt pour la bonne marche de la nature.

Il y a donc de quoi se mobiliser. Sans compter qu'un sol pollué a l'inconvénient de le rester longtemps. Une rivière se nettoie d'elle-même grâce au courant, la pollution se diluant finalement dans l'immensité des mers. Ce qui n'est en soi pas une solution et ne fait que reporter le problème plus loin. Même chose avec l'atmosphère, bien que ces dernières années, le problème du réchauffement climatique par effet de serre pousse les autorités à surveiller davantage ce qui est envoyé dans l'air. Le sol, lui, encaisse et garde la saleté.

«Et si un propriétaire doit avouer que sa terre est polluée, qu'il est même déconseillé d'habiter dessus, la valeur du terrain chute immédiatement et pour longtemps, explique Jean-Claude Védy, professeur de l'Institut de pédologie à l'EPFL. La portée économique et politique (un Etat se définit par rapport à une terre, un territoire) d'une telle contamination devient alors rapidement considérable, beaucoup plus que celle de la dégradation de l'air ou de l'eau.»

A.Vs