Ce jeudi, le gouvernement québécois présentera une loi interdisant de voter voilé. La Belle Province s'oppose à Elections Canada, l'organisme fédéral, qui a refusé d'interdire le port du voile dans l'exercice démocratique. Enième tension au pays qui pratique le communautarisme à la lettre.

C'est dans ce contexte animé qu'a débarqué sur la chaîne publique CBC, anglophone, La Petite Mosquée dans la prairie, désormais disponible ici en DVD et présentée au festival Cinéma Tout Ecran. Ou quand la fiction télévisuelle aborde les sujets les plus sensibles - même en Suisse, semble-t-il - à coup de ruades, mais avec un humour bonhomme. Une démarche délicieuse, et précieuse.

La première saison compte huit épisodes, la deuxième est en cours de diffusion. La Petite Mosquée démarre lorsque, dans une bourgade des immensités canadiennes (les prairies), Yasir loue une église que la hiérarchie anglicane veut rentabiliser. Il y installe une mosquée, par lassitude d'occuper les caves. Quand un citoyen entre dans l'église et y voit la prière, il sort paniqué, va voir le révérend pour dénoncer ces terroristes: «Ils se tortillent comme sur CNN!» L'homme d'Eglise répond: «Les musulmans prient cinq fois par jour. Tu es paranoïaque.»

Pour animer la congrégation, Yasir fait appel à un ancien avocat de Toronto, Amaar. L'animateur de la radio locale se déchaîne contre ce campement de terroristes («si on n'y prend pas garde, on finira tous par parler musulman»), tandis que le révérend se rapproche d'Amaar, dans d'amusants échanges entre meneurs religieux.

Et quand l'Anglican veut marier deux homosexuels, les musulmans les plus chevronnés forment une alliance objective, et burlesque, avec les WASP qui les vouaient aux gémonies auparavant. En vue de la visite de l'archidiacre, qui risque de fermer l'église, les musulmans acceptent de se faire passer pour des fidèles afin de garnir les bancs de l'église, après une hilarante initiation express au christianisme.

On l'a compris, Zarka Nawaz, créatrice de la série, ne recule pas devant l'adversité communautaire. Pratiquant l'autodérision au point que la série a provoqué quelques gênes dans son pays, aussi bien chez des musulmans que des Canadiens natifs. Née à Liverpool, déjà coupable de courts-métrages sur le terrorisme, la burqa ou les fatwas, Zarka Nawaz, musulmane pratiquante, s'est défendue de toute agressivité. A moins que le rire ne soit une violence. Elle se dit consternée par la manière dont les siens sont décrits dans les médias depuis les attentats de septembre 2001, dénonçant une «vision unidimensionnelle» collée sur une «communauté très diverse».

En effet, son feuilleton inverse les propos convenus. Avec ses épisodes de 22 minutes d'une facture proche d'une sitcom, c'est un peu Les Pique-Meurons lisant le Coran. Le ton comique, bouffon parfois, renforce justement la mission: désamorcer, autant que possible, les sources de tension.

Port du voile, ramadan, habitudes alimentaires, femmes et piscine, autant de thèmes décapés avec une légèreté qui ne bascule jamais dans la méchanceté.

Aussi parce que le rire est tourné vers l'intérieur, par exemple lorsque des hommes veulent imposer une barrière - piquée au hockey - pour isoler les femmes durant la prière. Amaar tranche. On garde la barricade, à moitié: les femmes qui le veulent se mettront derrière, les autres, non. Réponses de son troupeau: «Je déteste cette idée»; «C'est nul». Amaar conclut: «La solution musulmane typique, personne n'est content.» Avec une telle rieuse férocité, cette mosquée dans la prairie atteint déjà l'universel.

La Petite Mosquée dans la prairie. Coffret 2 DVD (Studio canal). A Cinéma Tout Ecran ce mardi soir et mercredi. Rens.: http://www.cinema-tout-ecran.ch