Que sont-ils devenu? Arlette Zola

En 1967, la Fribourgeoise avait 17 ans quand ses tubes «Elles sont coquines», «Deux garçons pour une fille» passaient plusieurs fois par jour à Salut Les Copains sur Europe 1. Elle qui a préféré le mariage à la gloire est aujourd'hui, sans nostalgie apparente, serveuse dans un bistrot de Pensier (FR)

Yeux bruns en amande soigneusement ourlés de noir, frange noire et accent fribourgeois pour le moins prononcé, Arlette a aujourd'hui 51ans. Elle est ravie de voir que «quelque chose reste et qu'on a marqué une époque». Mais elle tient surtout à rester ce qu'elle dit avoir toujours été: une fille sympa, la tête sur les épaules, qui ne s'est pas laissé étourdir par le succès et ne veut pas se compliquer l'existence. Une chose est sûre, elle qui a toujours voulu chanter, n'a «même pas eu le temps d'en rêver». Toute petite, elle chante le 1er Mai dans les cafés et fait la tournée des clients avec le cendrier. A 14 ans, elle se taille un succès dans les cantines du canton puis les radio-crochets la réclament. «Quand on arrivait en Valais, on me demandait des dédicaces, il y avait un monde fou, on faisait des photos, je me disais «tout ça pour moi!» J'étais contente, je vivais les moments comme ils venaient.»

Paris et Salut Les Copains

Son beau-père René Quazzola prend sa carrière en main, conseillé par l'imprésario genevois Marco Vifian. Les deux hommes partent à Paris rencontrer Lucien Maurice, directeur d'Europe1, pendant qu'Arlette attend à Fribourg. Ça démarre très vite. En 1967 déjà, ses chansons sont parmi les Chouchous de Salut Les Copains. La jeune chanteuse ne les choisit pas elle-même, elle qui aurait voulu chanter des slows mais n'a pas encore assez vécu. Son style doit être «gai», ce sera donc «Quittez ces illusions», «Le marin et la sirène», «Elles sont coquines», «Deux garçons pour une fille». «Celle qui m'a lancée, c'est «L'enfant Do» de Petula Clark.»

Elle chante avec Polnareff, Mireille Mathieu, Dutronc – qu'elle trouve «sympa». Elle s'entend bien avec Nicoletta. Mais Arlette ne fréquente pas vraiment les «grands»: «Je ne connaissais personne, j'étais trop jeune! On mangeait un morceau après le concert, puis je reprenais le train de nuit pour Fribourg. La folle vie nocturne, je l'ai faite plus tard!» N'aimait-elle vraiment pas «ces tralala», cette vie de stars harcelées par les médias? En tout cas, elle le répète à l'envi: «C'était pas pour moi, ça ne m'a pas fascinée. Cette vie-là, c'est pas un rêve, c'est du boulot.»

Arlette n'aime pas non plus le voyage ni les tournées. Elle qui n'a jamais pris une seule leçon de chant sent instinctivement le rythme, la scène. Elle aura sa grande chance, toujours en 1967, alors qu'elle fait la première partie du spectacle de Mireille Mathieu. Johnny Stark s'intéresse à elle et veut la prendre sous contrat mais à une condition: qu'elle renonce aux bagues qu'elle porte aux doigts. Il faut faire rêver alors qu'Arlette, elle, a un fiancé qui l'attend à Fribourg, Charly, un jeune électricien rencontré au café tenu par sa mère. «Johnny Stark m'a dit: «Tu veux chanter ou fréquenter?» J'ai répondu: «Les deux!» Le mirage de l'Olympia s'évanouit.

Mariage avec Charly

Elle continue à chanter, avec Charly comme manager après leur mariage en 1972. Le couple reprend le café familial, tient une petite ferme et entre deux galas, Arlette s'occupe du bétail. Avoir un mari, une fille, des amis, tout cela est plus important que la gloire. Chanteuse oui, mais d'abord femme. Hélas, Charly court les femmes et l'aventure. Après leur divorce, il est arrêté pour trafic de drogue. En 1983, il s'évade de la prison de Romont et disparaît à l'étranger. Arlette n'a plus jamais entendu parler de lui. Elle met du temps à se remettre, ne se remarie pas mais tout compte fait, reste fière d'elle: «Je ne me suis jamais droguée. D'autres ont eu une vie plus dure et se sont suicidées.» Un silence, une pensée pour Romy Schneider dont elle a donné le prénom à sa fille et à laquelle elle a dédié la seule chanson qu'elle ait écrite.

Son beau-père la relance et en 1982, Alain Morisod lui écrit «Amour, on t'aime» pour l'Eurovision. Arlette remporte la troisième place. Un vrai come-back? Pas vraiment, même si on la demande à la Revue de Servion comme au 25e anniversaire du club de foot de Rue. L'argent a filé malgré les milliers de disques vendus, «c'est pas moi qui gérais mes sous et la vie a passé». Elle ouvre une boutique, vend des cierges et en 1990, se remet au service, le seul métier qu'elle ait jamais appris à l'époque dans le café de sa mère. Quand elle se fait engager au Café des Arcades en ville de Fribourg et aujourd'hui encore, au Café de la Sonnaz à Pensier, les clients s'étonnent, lui demandent autographes et chansons. Elle ne veut pas tout mélanger, ne chante qu'accompagnée.

Pour la convaincre de venir sur le plateau pour ses Coups de cœur, Alain Morisod lui a dit «la TV, c'est comme le vélo, on n'oublie pas». Et tout est revenu, naturellement. Mais Arlette n'en fait pas un fromage. Ravie du succès, étonnée que les médias soient aujourd'hui beaucoup plus gentils avec elle qu'autrefois, elle tient avant tout à son image d'anti-star qui vit, travaille et aime comme tout le monde.

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