On était encore sans nouvelles, hier dans la journée, de l'île de Mota Lava et de son millier d'habitants, après le passage du cyclone Zoé samedi soir qui a dévasté deux autres îlots, Tikopia et Anuta, dans les îles Salomon. Ces petites terres perdues dans le Pacifique sont emblématiques de cette myriade d'îles et d'atolls qui, en raison de leur faible altitude, sont exposés non seulement à la violence des cyclones, mais encore, et de plus en plus, à la montée du niveau des mers.

C'est si vrai que les quelque 10 000 habitants de l'archipel de Tuvalu, à l'ouest des îles Salomon et au nord des Fidji, vont être progressivement évacués. C'est le premier pays à tirer les conséquences de la montée du niveau de l'océan, corollaire du réchauffement climatique. Aujourd'hui en effet, plus personne ne doute que l'archipel, dont le point culminant est à… 4,50 mètres, est condamné à long terme. En 1997 déjà, une des îles avait complètement disparu après le passage des cyclones Gavin, Hina et Kelly.

Sur la planète, plusieurs régions seront particulièrement touchées (voir la carte), à commencer par les îles basses du Pacifique et de l'océan Indien, dont certaines auront disparu dans 100 ans. C'était pourtant bien, les Maldives…

Bien qu'il n'existe pas de données globales, on peut résumer en quelques traits les pays qui seront les plus touchés.

L'Egypte. Le delta du Nil est une des régions les plus peuplées du monde (1600 habitants au km2). Il offre des ressources agricoles et piscicoles essentielles au pays. Large de 50 km, il se trouve à moins de 2 mètres d'altitude, mais bénéficie de la protection d'un large banc de sable qui s'étend entre les embouchures du Nil de Rosette et de Damiette. Or une montée des eaux, même minime, pourrait emporter ce banc de sable providentiel.

Le Bangladesh. C'est l'une des régions les plus menacées, en raison de la densité de sa population (134 millions d'habitants), et du fait que les meilleures terres cultivables se trouvent dans les deltas du Gange et du Brahmapoutre.

Les Etats-Unis. La Louisiane perd 50 km2 chaque année, et toutes les régions basses de l'Est et du Sud vont perdre des surfaces considérables: la Floride (les Keys et les Everglades), les deux Carolines, le Texas, et même New York, qui pourrait connaître des inondations dans le Lower Manhattan, à Coney Island et Staten Island.

En Chine du Sud, la ville de Shanghai sera rapidement touchée car, tandis que la mer monte, la ville s'enfonce de 1 centimètre par an, en raison des pompages effectués dans la nappe phréatique et d'une urbanisation frénétique. On observe un phénomène identique à Bangkok, en Thaïlande. Au Japon, les quatre grandes cités industrielles (Tokyo, Yokohama, Osaka et Nagoya), construites au niveau de la mer, vont devoir se protéger. Les régions côtières et les îles de tout le Sud-Est asiatique sont menacées.

En Afrique, la ville de Beira, au Mozambique, fait partie des dix villes les plus menacées de la planète. Des inondations sont prévues aussi dans le golfe de Guinée (Sénégal, Gambie, Cameroun, Gabon, Sierra Leone), et jusqu'en Angola.

Les Pays-Bas et l'Allemagne du Nord pourraient perdre beaucoup de terrain. Les régions basses de France, comme la Camargue et les Landes, sont promises à des bouleversements importants, de même que certaines régions agricoles d'Angleterre. Un signe parmi d'autres: les gigantesques portes qui protègent la Tamise ont dû être actionnées beaucoup plus souvent ces deux dernières années que précédemment. L'Italie n'est pas en reste, dont les régions basses sont menacées à terme (Venise, plaine du Po).

L'ampleur du phénomène déterminera les mesures que prendront les pays concernés, qui vont de la construction d'ouvrages de protection à l'abandon pur et simple de portions de territoire à la mer. A l'aune de l'histoire de la Terre, le profil des côtes a toujours fortement varié. A l'échelle humaine, et en si peu de temps, c'est un traumatisme, car des changements profonds interviendront sur une ou deux générations seulement.