Psychologie

Comment sortir de la spirale des échecs amoureux

«Et voilà, je suis de nouveau tombée sur un os.» En quête d’amour, certaines personnes enchaînent les déboires sans comprendre pourquoi. Alors pourquoi donc?

«Aujourd’hui j’ai rencontré l’homme de ma vie», chantait joyeusement Diane Dufresne dans les années 1970. Et elle n’est pas la seule à avoir pensé cela. Pour certains malheureusement, ces rencontres d’apparence idylliques tournent rapidement au vinaigre, avec des partenaires qui les malmènent, jaloux, manipulateurs, ou qui se volatilisent du jour au lendemain. Ou, simplement, qui ne leur correspondent pas.

«Depuis un mois c’était bien parti, et tout à coup il a pris ses distances», raconte Emma *, la trentaine. Le problème, pour elle, n’est pas seulement cet échec précis, mais la suite de relations similaires qui se sont enchaînées depuis l’adolescence. «Je ne tombe que sur des types qui ne veulent pas s’engager. Les profils se ressemblent tous un peu… J’ai demandé à un ex si c’était moi qui avais un problème, il n’a pas su me répondre. Un jour, ma mère m’a dit que je ne trouverais personne car j’étais trop compliquée.»

Quel est le rôle qu’on tient?

De son côté, Christian *, 45 ans et fraîchement séparé, a entamé une quinzaine de relations en dix-huit mois, via des sites comme Meetic. «J’ai l’impression de tomber souvent sur des filles qui ont été maltraitées par leurs ex-conjoints. Il y a de l’aigreur, des traumatismes.» Le profil qui se répète chez les femmes qu’il rencontre? «Elles me reprochent rapidement de ne pas m’investir assez. Pourtant, avec l’une d’elles, on se voyait tous les jours, je lui ai présenté mon fils, je ne voyais pas ce que je pouvais faire de plus!»

Pour Anouk Truchot, thérapeute de couple et animatrice de stages Imago, «lorsqu’on rejoue un scénario, il faut toujours se demander quel rôle on tient.» Qu’il s’agisse de relations à court ou à long terme. «On dit que le premier amour ou le début d’une relation est un mariage inconscient. Souvent, on n’a aucune notion, on ne s’écoute pas, et l’on dépasse ses limites. Un jour, des événements extérieurs font écho, viennent tout bouleverser, et l’on se réveille.»

Des boutons et des antennes

Anouk Truchot décrypte ces expériences faites dans l’enfance, liées aux besoins basiques comme l’attachement, l’exploration, l’identité, les compétences, et qui ont contribué à créer une «image de notre monde relationnel, stockée dans notre inconscient». «Nous avons tous des blessures relationnelles. Nous avons donc tous un bouton rouge qui correspond à ces failles. Et un partenaire est généralement très habile pour appuyer dessus et les raviver… Une personne qui affirme ne tomber «que sur des cinglés» n’aura pas assez travaillé sur ces fameux boutons. Et quelqu’un à qui l’on reproche de ne pas s’engager a peut-être un comportement suffisamment distant pour provoquer des inquiétudes. Mais malgré tout ce qu’on tente d’expliquer, il reste une part de mystère.»

Constatation vertigineuse: nous avons beau déployer tous les efforts possibles pour tenter de détecter un partenaire inadéquat, cela ne suffit pas. Pour le Dr Nicolas Belleux, psychiatre et psychothérapeute, «même si avec l’âge nous avons tendance à comprendre certains enjeux, nous sortons les antennes quand il ne faudrait pas, et nous ne les sortons pas alors qu’il le faudrait… Les antennes sont reliées au mental, alors que le sentiment amoureux est lié aux émotions. Et les émotions sont très douées pour court-circuiter le mental.»

«Tout est de sa faute!»

Le fonctionnement typique qui suit? Mettre la faute sur les autres! «Il est compliqué de se demander pourquoi on se met soi-même dans ces galères.» Pour le Dr Belleux, un premier pas serait de dresser un tableau et de lister ce qu’on recherche et ce dont on ne veut pas. Puis de faire le bilan des points négatifs liés aux précédentes relations, et se demander avec le plus d’honnêteté possible: qu’est-ce qui fait que je sois attiré-e par ce type de personne?

Après combien de claques devrait-on se questionner? «A partir de la première, pour éviter la deuxième! répond le Dr Belleux. Plus on répète le schéma, plus il va s’ancrer, et plus il sera compliqué de le modifier.»

* Prénoms d’emprunt.

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