Mon enfant ne décolle pas de sa console de jeux vidéo. En outre, il a un appétit d'oiseau, et accepte uniquement d'ingurgiter des frites ou du Coca... Est-ce grave? Des soucis de ce genre, presque tous les parents en ont éprouvés un jour ou l'autre. Mais s'il est souvent possible d'y apporter soi-même une réponse, les questions éducatives peuvent aussi se muer en véritables troubles existentiels qui pourrissent le climat familial.

A Fribourg, les parents en proie au doute se sentent moins seuls qu'ailleurs dans le pays. Sensible à la promotion de la jeunesse (au point de l'inscrire comme priorité de la présente législature politique), le canton a en effet développé un concept original: le projet Education familiale. Objectif: offrir un appui éducatif aux parents d'enfants âgés de 0 à 7 ans, par le biais d'ateliers thématiques, de conseils individualisés ou de rencontres informelles. «Eduquer les enfants est la tâche la plus noble, mais également la plus difficile. C'est un métier que l'on apprend sur le tas. Il en va de la responsabilité de l'Etat d'aider les parents», affirme ainsi Ruth Lüthi, directrice de la santé et des affaires sociales (PS).

Comment gérer les conflits entre enfants? Comment poser des limites dans l'éducation? Quels jeux pour quel âge? Voilà quelques exemples de sujets qui ont été traités par l'Association pour l'éducation familiale, créée en 2004. Disposant d'une permanence téléphonique (026/321 48 70), cette dernière n'hésite pas à envoyer ses employés sur le terrain. Elle organise des visites à domicile, tient des cafés-parents en des lieux où les adultes peuvent échanger tout en surveillant d'un œil leur progéniture qui s'égaie dans des espaces de jeux (par exemple des cafétérias de grandes surfaces commerciales). Elle assure également une présence dans les salles d'attente des cabinets de pédiatres, ainsi que dans les deux maternités publiques du canton.

Le concept semble être apprécié. L'an dernier, ce sont 1264 pères et mères qui ont été sensibilisés par une des activités proposées, soit 8% des parents fribourgeois concernés. Soucieuse d'être en adéquation avec les besoins parentaux, Ruth Lüthi a fait évaluer les prestations d'Education familiale par l'entreprise genevoise Evaluanda, qui a rendu un rapport élogieux. «Ce projet répond à un besoin des parents, notamment en termes d'échanges d'expériences et de points de vue. Les ateliers thématiques, par exemple, créent une dynamique de groupe très profitable. Eu égard aux ressources à disposition, le travail de l'association est tout simplement remarquable. Il permet également de résoudre, en amont, des situations qui pourraient générer de profondes crises», note Frédérique Lafuente, d'Evaluanda.

Les questions les plus fréquentes concernent l'encadrement de l'enfant, et également le sommeil des nourrissons. Autre sujet d'inquiétude: les réactions d'un aîné confronté à l'arrivée d'un petit frère ou d'une petite sœur. Particularité géographique que les services étatiques peinent à expliciter, les familles germanophones du canton ont davantage recours aux prestations individuelles que les francophones, qui, elles, préfèrent les activités de groupe. Si des expériences similaires ont été menées au Canada ou en Belgique, ce n'est pas le cas en Suisse, où Fribourg fait œuvre de pionnier. Responsable du projet, Cristina Tatarletti reconnaît du reste que «nous n'avons pas inventé la poudre, mais simplement adapté ce qui se faisait ailleurs aux attentes des parents fribourgeois». A noter que la population dite «vulnérable», notamment les demandeurs d'asile, n'a pas été oubliée, grâce au truchement de la Croix-Rouge fribourgeoise et de l'Œuvre suisse d'entraide ouvrière.

Doté d'un budget de 300000 francs pour l'année 2006, le projet Education familiale est financé par le canton, la Loterie romande et Promotion santé suisse. Il emploie six personnes (2 équivalents plein-temps), plus un stagiaire de l'Université de Fribourg, qui possèdent des compétences en psychologie, en pédagogie curative et en guidance parentale. En phase d'essai jusqu'en 2007, il devrait se poursuivre au-delà, vu le succès rencontré jusqu'à présent.