«Le vent secoue la maison de Dieu.» C’est ainsi que Joseph Ratzinger, mieux connu sous le pseudo de Benoît XVI, a commenté l’arrestation de son majordome, soupçonné d’avoir fait fuiter tous ses secrets et une bonne partie de ceux de la curie dans la presse. Je ne suis pas spécialiste, mais je trouve que cette appréciation soulève des questions théologiques intéressantes.

En effet, d’où vient le vent? C’est la question que se pose l’homme depuis le jour où, levant le nez au-dessus de la savane, il l’a vue parcourue de grandes vagues très esthétiques et a décidé de rester debout. Son admiration pour le vent l’a poussé à imaginer parfois qu’il pouvait être une sorte de dieu indépendant de ses camarades le soleil, la lune, la pluie, les sources et les arbres. Ou qu’un dieu spécial était préposé au soufflage du vent et au bon déroulement des voyages maritimes.

Aujourd’hui, bien sûr, on sait au Vatican que tout ça est beaucoup moins poétique. Il n’y a qu’un seul dieu et, lorsqu’il veut faire souffler du vent, il utilise les procédures homologuées: un petit coup de haute pression ici, une légère dépression là et c’est une affaire qui déferle. Le plus souvent, toutefois, il a autre chose à faire et le vent souffle où il veut.

Il suffit donc que Dieu soit occupé ailleurs, et le vent peut aussi bien souffler sur sa maison, comme le loup sur celles des trois petits cochons.

Mais tout cela ne vaut – est-ce nécessaire de le souligner? – que pour le vent réel. S’agissant du vent métaphorique qui fait vaciller les cardinaux et démissionner les banquiers, la question du début n’est pas vraiment résolue: d’où vient-il?

Malgré les progrès époustouflants de son esprit scientifique, l’homme a toujours beaucoup de peine à penser qu’il provient exclusivement de modifications dans l’équilibre des zones de pression à l’échelle locale, régionale ou continentale. Lorsque le vent souffle sur lui, comme aujourd’hui sur le souverain pontife, il ne privilégie que très rarement l’analyse fine des déstabilisations environnantes. Le plus souvent, il ne peut s’empêcher de se demander, soupçonneux: qui souffle? Et sa réponse est rarement l’évocation d’un dieu plaisantin. Mais plutôt celle d’un humain bien réel, animé à son égard d’intentions malignes qu’il s’agit de contrer fissa.

Un pape, bien sûr, n’est pas n’importe qui, et les soupçons mesquins épargnent son esprit, tout entier tourné vers la contemplation des vérités ultimes. S’il parle de vent, c’est justement pour ne pas donner à croire qu’il discerne une malignité humaine spécifique derrière les épreuves qui l’accablent. Qu’il voit plus haut, vers un ciel nimbé de pardon des offenses.

Fort bien. Mais alors, j’insiste: qui souffle?

Si une cabale contre le cardinal camerlingue – j’adore ce mot, pas vous? – doit être écartée en raison de la grande piété des personnes en cause. Si cette même piété ne permet guère d’imaginer un processus spontané lié à un brusque refroidissement des relations ecclésiastique, que reste-t-il? Sinon… Oui. Quand les causes naturelles sont éliminées, il reste les autres.

Je me demande si le saint-père y a pensé. Après tout, quand un vent métaphorique secoue la maison de Dieu, peut-on sérieusement imaginer qu’Il est entièrement hors du coup?