Chasseurs de trésors 

Le sourcier qui se voulait rationnel

Sourcier professionnel, Alexandre Oricchio combine perceptions énergétiques et informations géologiques pour trouver «les veines de la terre»

Souvent, les ingénieurs le toisent d’un air «bizarre», au moins au début. Quand Alexandre Oricchio débarque sur un site, il commence toujours par faire une offrande, répandant un peu de tabac et de farine de maïs sur le sol, «un peu comme les Sud-américains remercient la Pachamama». Sourcier professionnel depuis 2009, il mélange connaissances scientifiques et perceptions énergétiques pour trouver de l’eau. Des particuliers, parfois des entreprises, le sollicitent pour dénicher des sources ou des infiltrations, afin d’installer un puits, un captage, un drainage ou une pompe à chaleur. Pour lui, «l’eau est un trésor», et la sourcellerie, «une vocation, pas un travail par défaut».

La baguette, c’est comme le compteur d’une voiture, et le véhicule, c’est moi

Ses yeux paraissent clos, ses lèvres marmonnent: «Milieu de la veine d’eau, milieu de la veine d’eau». Concentré, il marche dans un pâturage du Jura vaudois. Avec la bénédiction du propriétaire, cette moraine où l’eau suinte entre les herbages constitue son terrain d’entraînement favori. Alexandre Oricchio tient sa baguette de sourcier des deux mains, «alignée sur le méridien du cœur», dans le prolongement des auriculaires. A intervalles réguliers, les deux tiges de plastique souples se retournent brusquement vers le sol. La baguette est un «prolongement du corps» qui permet de «ressentir les variations du cœur». Là où l’antenne réagit, il plante un jalon: «c’est comme le compteur d’une voiture, et le véhicule, c’est moi».

Parfois, il varie les techniques. Une baguette de laiton, «plus sensible» crisse quand il la fait tournoyer. Au bout d’une petite heure, il a délimité deux veines d’eau, et identifié l’endroit où elles se croisent, «plus fort énergétiquement». A l’aide d’un pendule qu’il tire d’un petit sac de velours, il tente de déterminer la profondeur, puis le débit de l’eau. Il prend des notes et pondère ses estimations. Enfin, il évalue la stratigraphie du site, riche en argile. Il lui faudra forer sur près de deux mètres de profondeur à l’aide d’une tarière, longue perche de métal terminée d’une tête de forage spiralée. Régulièrement, il utilise une sonde à pile pour calculer la profondeur de son trou. La terre qu’il extrait est de plus en plus humide. Il atteint l’eau au bout de trente minutes d’un pénible labeur, à la force des bras.

Trois métiers pour atteindre l’équilibre financier

Percevoir avec le corps «ce que les yeux ne peuvent pas voir» est un art épuisant. Au pied du grand tilleul qui surplombe le parc de l’abbaye de Romainmôtier, Alexandre Oricchio semble méditer. Il se «recharge» en s’exerçant au Tai-Chi. Une pratique régulière lui permet «d’entretenir et de cultiver le ressenti du corps». Il enseigne désormais cet art martial chinois «interne» qui mélange gymnastique de santé et dimension spirituelle. Pour atteindre l’équilibre financier, ce père de famille cumule encore un troisième métier. Il est aussi professeur de sport dans une école privée réservée aux enfants à haut potentiel. En attendant, peut-être, de ne plus vivre que de la recherche d’eau.

A entendre Alexandre Oricchio, il n’a jamais vraiment décidé de devenir sourcier. Il a plutôt été choisi par les sources. Déjà initié aux énergies, il était occupé à faire de la randonnée en forêt quand il a interrogé son pendule pour décider de son itinéraire. Il s’est laissé conduire jusqu’à une petite clairière ensoleillée où l’eau jaillissait de la roche, «un endroit parfait pour méditer». L’expérience devient «révélation». Par la suite, à force de recherches, il a rencontré un sourcier professionnel qui a bien voulu lui enseigner l’art ancien et controversé de la radiesthésie. Attestée en Europe dès le XVe siècle, et pratiquée couramment jusqu’au XIXe siècle, la recherche d’eau au moyen de baguettes de coudriers a immédiatement et inlassablement été condamnée par les autorités religieuses catholiques et protestantes.

L’efficacité des sourciers n’a jamais pu être démontrée

Ces dernières décennies, la communauté scientifique n’a pas été tendre avec les sourciers. Entre 1986 et 1990, plusieurs expériences rigoureuses ont été menées en Allemagne. Elles ont toutes échoué à démontrer leur efficacité. Les participants ont à chaque fois obtenu des résultats proches du hasard, légèrement supérieurs à 50%. Cette littérature n’émeut pas Alexandre Oricchio: «Ces études se sont déroulées en milieu stériles, pas dans la nature». Pour lui, la sourcellerie n’est pas une science, mais «un art». Il travaille régulièrement avec un géophysicien dont le père était sourcier et il revendique une complémentarité avec les différents métiers de l’hydrologie. Il avoue volontiers qu’il adapte son matériel aux nouvelles technologies et qu’il recourt régulièrement à la géologie ou à la botanique pour trouver «les veines de la terre».

Même si mon métier peut sembler original, je suis un être rationnel

Les sceptiques persistent donc à le regarder de haut, pendant que les convaincus admirent son savoir-faire. Lui se sent «à l’aise» avec sa vocation. Alexandre Oricchio sait qu’il doit régulièrement prouver sa crédibilité en fournissant des informations concrètes et exactes aux maçons, foreurs ou hydrogéologues avec lesquels il collabore. Avec le sourire d’un homme heureux, il répète plusieurs fois: «Même si mon métier peut sembler original, je suis un être rationnel».

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