Eternel objet de fantasmes, le sous-marin fascine autant que les abysses qu’il sillonne. Chaque semaine cet été, Le Temps sort son périscope et part à la rencontre de ces monstres submersibles, des grandes découvertes aux naufrages. 

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Dormir à côté d’un ballet de morses: c’est l’expérience improbable que propose le zoo belge de Pairi Daiza depuis fin juillet. Nichées dans les aquariums, des suites vitrées permettent d’observer ces imposantes créatures – mais aussi des pingouins ou des ours blancs. Improbable? Pas tant que ça. Depuis quelques années, le tourisme, en particulier de luxe, prospère sous l’eau, de l’hôtel aux Maldives avec vue sur la faune marine (comptez 50 000 dollars la nuit) au restaurant immergé à Durban. Mais le comble du chic, pour les plus riches de ce monde, est de posséder son propre submersible.

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«Le premier sous-marin touristique a été conçu en Suisse par Jacques Piccard, en 1964. Mais la mission Apollo, puis le cinéma avec notamment la saga Star Wars, a réorienté un temps l’intérêt du public vers l’espace. Nous assistons aujourd’hui à une deuxième vague, une fascination nouvelle pour les fonds marins», analyse Craig Barnett, directeur commercial et marketing chez Triton, fabricant de sous-marins privés de loisirs basé en Floride.

Spa ou casino

Ils sont une poignée à s’être lancés sur ce marché de niche, boosté par de récentes innovations technologiques. Leur créneau? Le sous-marin est le nouveau yacht, ou en tout cas son prolongement tendance. «Il y a vingt ans, la seule mission d’un bateau vedette était de vous emmener sur votre yacht. Aujourd’hui, la seule raison d’être du yacht, c’est de transporter vos jouets: bateau, hélicoptère ou sous-marin», explique Craig Barnett.

Fondée il y a une douzaine d’années, la société Triton commercialise une dizaine de modèles pouvant accueillir entre deux et sept passagers. Avec leur bulle vitrée à 360° et leurs sièges en cuir, ils ont des airs de voiture de sport futuriste – Aston Martin a d’ailleurs signé une collaboration. Même à plusieurs centaines de mètres de profondeur, ils offrent un espace confortable et climatisé où siroter un verre de vin, par exemple. «Nous mettons au point un modèle reconfigurable, qui pourra se muer en petit bar à cocktail, spa ou casino, détaille Craig Barnett. Nos pilotes seront même formés pour y célébrer des mariages!»

Géants hybrides

Mais les sous-marins privés ne sont pas seulement destinés aux millionnaires en quête de sensations fortes. Le flambant neuf Deep View 24, un tube en acrylique submersible avec 24 sièges, vise d’autres gros poissons: les complexes hôteliers, les parcs d’attractions et même les paquebots de croisière. En offrant aux clients des sorties sous-marines exclusives, ces navires constitueront un fort argument marketing. «Aujourd’hui, l’expérience est valorisée. Sur les réseaux, on poste plus volontiers ses voyages que son sac Chanel, note Craig Barnett. Si vous hésitez entre deux hôtels, vous choisirez sans doute celui qui peut vous emmener sous l’eau.» Un argument marketing cédé pour la modique somme de 7,6 millions de dollars.

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Une bagatelle comparé à ce que pourrait coûter Carapace, mastodonte des submersibles dont les premières images (de synthèse) sont devenues virales sur le web l’an dernier: un méga-yacht de 80 mètres de long, aux allures d’amphibien, capable de voyager sur comme sous la surface des océans. Doté de trois ponts, de cabines VIP ou encore d’un fitness, ce vaisseau hybride, imaginé par l’architecte navale Elena Nappi, est destiné aux voyages privés et aux rendez-vous d’affaires devant se tenir «dans le plus grand secret», expliquait-elle aux médias. Son prix pourrait avoisiner les 100 millions de dollars, mais Carapace n’en est qu’au stade de projet.

La tendance suscite déjà des inquiétudes: quid de l’impact sur la faune marine, si tous les puissants se dotent d’un submersible? Craig Barnett se veut rassurant: des permis sont nécessaires pour plonger près des côtes. «Et nous vendons actuellement quatre ou cinq exemplaires par an. L’océan n’est pas près de grouiller de sous-marins privés!»