Comment le cerveau puise-t-il les informations stockées en mémoire? Comment fait-il pour sélectionner ce dont il a besoin pour mieux appréhender l'instant présent? Il possède un centre de tri situé juste derrière les yeux, apprend-on dans le numéro du 1er août du Journal of Neuroscience. Armin Schnider, médecin-chef de service à la clinique de rééducation des Hôpitaux universitaires de Genève et ses collègues Valerie Treyer et Alfred Buck, de la division de médecine nucléaire de l'Hôpital de Zurich, ont en effet réussi à identifier la zone du cortex qui est activée lorsqu'un humain doit sélectionner les informations pertinentes dans sa mémoire.

Les travaux d'Armin Schnider ont été inspirés par des patients au comportement curieux: les confabulateurs spontanés. Ces personnes, qui ont en général subi un traumatisme crânien ou un saignement à la suite d'une rupture d'anévrisme, sont parfaitement saines d'esprit à une particularité près: elles intègrent dans l'instant présent des scènes plausibles puisées dans leur passé. Un exemple? Ce manager hospitalisé qui, à la vue d'un agenda, est persuadé en toute bonne foi que des clients l'attendent dans son bureau. L'agenda évoque un souvenir que son cerveau n'arrive plus à supprimer. Il a trop de mémoires activées en même temps. «Nous avons remarqué que tous ces patients présentent une lésion dans la même région du cerveau, le système limbique antérieur situé à la base du front, derrière les yeux, explique le professeur Armin Schnider. Nous avons donc émis l'hypothèse que cette zone joue un rôle essentiel dans le tri des informations.»

De quelle région précise du cortex s'agit-il? Pour le savoir, les chercheurs ont photographié ce qui se passe dans le cerveau d'étudiants volontaires lorsqu'ils apprennent des notions nouvelles, puis lorsqu'ils les utilisent. Pour cela, on leur a présenté plusieurs fois de suite une série d'images simples dont quelques-unes – mais pas toujours les mêmes – se répétaient. Un cas typique où il faut savoir évacuer de sa mémoire une situation précédente pour gérer la nouvelle correctement. Pendant cet exercice, leur cerveau était observé par une méthode d'imagerie – la tomographie par émission de positrons – qui permet de visualiser l'activité des neurones.

Les résultats ont confirmé les premiers soupçons (voir la photo). Au début de l'expérience, lorsque les étudiants découvrent les images pour la première fois, c'est une zone postérieure du cerveau, la région de l'hippocampe, qui s'active: c'est la phase d'apprentissage, de mise en mémoire. En revanche, lors de la deuxième puis de la troisième présentation, l'hippocampe ne montre aucune stimulation particulière: une zone plus antérieure du cerveau prend le relais, le cortex orbito-frontal postérieur. C'est bien là que s'effectue le tri dont le cerveau a besoin pour garder un contrôle permanent de la réalité. Ainsi, lorsqu'une personne sur le point de partir en vacances regarde un horaire, elle puise dans sa mémoire les informations utiles: «c'est le programme de mon voyage». Et elle rejette les multiples associations mentales qui peuvent surgir à la vue d'un horaire – par exemple «on m'attend au bureau» – et qui sont parfaitement inutiles pour gérer le problème posé à cet instant.