«Je me souviens de Tskaltubo, une ancienne station thermale soviétique en Géorgie, à vingt minutes de route de Koutaïssi, l’un de ces lieux improbables où tout se mélange: l’utopie et la guerre, les ruines et les richesses, les vivants et les fantômes. J’avais garé ma voiture de location au pied d’un immeuble néoclassique lépreux qui n’avait plus toutes ses vitres, les balcons étaient chargés d’antennes paraboliques et tendus de cordes à linge. Autrefois, dès les années 1930, il avait logé les camarades venus de toute l’Union se soigner à l’eau minérale tiède, ambiance peignoirs et sanatorium. Depuis 1992, il fournissait des logements «provisoires» aux familles déplacées par la guerre d’Abkhazie – 9000 réfugiés, deux générations de misère. Dans les bois alentour, j’ai vu des garçons couper à la hache le bois du chauffage, et de la cuisine peut-être.