humanitaire

Steffi Graf et Andre Agassi: leur nouveau Grand Chelem, le caritatif

Steffi Graf et Andre Agassi, ex-stars du tennis, étaient jeudi de passage à Saint-Imier. Ils s’engagent avec force et conviction pour un monde un peu moins injuste

Une demi-heure de rencontre dans un lieu quelque peu improbable pour ces virtuoses de la raquette, à Saint-Imier (BE) chez Longines. Soit la durée d’un petit match de tennis au temps de leur splendeur sportive. Trente minutes pour que le journaliste prenne une roue de vélo. 6-0, 6-0. Jeu, set et match. Leçon d’humilité, de simplicité et d’authenticité. Leçon tout court. Sur gazon ou terre battue, peu importe, quand bien même le terrain a changé. Ce n’est plus un simple jeu. C’est la vie, la vraie. «Celle qui compte désormais pour nous», ont déclaré jeudi à l’unisson Steffi Graf et son mari Andre Agassi, dans les locaux d’un de leurs sponsors. Malgré trente titres du Grand Chelem à eux deux, leur existence se déroule désormais loin des terrains de tennis. Pas de place ni de temps pour la nostalgie, assurent-ils.

Le couple, icône de la presse people américaine, modèle pour beaucoup de la relation parfaite, mariés depuis octobre 2001, parents de deux enfants, joue désormais d’autres finales. Celles de l’engagement humanitaire. Plus précisément: la défense des enfants. Tous les enfants de la planète, si possible. Ceux des banlieues défavorisées de Las Vegas ou d’autres villes américaines, l’un des combats d’Andre. Ou ceux victimes des traumatismes de guerre, d’exil et de violences. Que ce soient les pupilles martyrs de l’Ouganda, d’Erythrée ou du Kosovo. Telle est la lutte de Madame Graf, dans une première vie numéro un au classement WTA durant 377 semaines.

«A 23 ans, avec les premières victoires en tennis, j’ai compris qu’il fallait que je rende une partie de tout cet amour, de cette énergie, que l’on m’avait donné. Il ne s’agissait pas pour moi de faire de simples dons à des œuvres caritatives. Je me suis investi dans des associations, dans l’éducation, et je n’ai jamais cessé depuis», rappelle Andre Agassi, le Kid de Las Vegas, désormais grand enfant de 43 ans.

Pour son épouse, cette abnégation ne date pas non plus d’hier. Sa fondation Children for Tomorrow est née en 1998. «Vous vous rendez compte, il y a actuellement quelque 50 millions de réfugiés à travers le monde. Près de la moitié d’entre eux sont des enfants ou des adolescents. La plupart ont connu la violence ou la perte de leurs parents ou de proches. Ils souffrent souvent de stress post-traumatique, de différents troubles, de dépression. Nous essayons de les reconstruire, de leur donner un futur», tonne Stefanie Maria Graf, dite Steffi Graf.

Son association Children for Tomorrow offre des traitements psychothérapeutiques pour les enfants et propose également des services psychosociaux. La tenue décontractée, la voix redevenue posée et charmante, Steffi Graf poursuit: «La santé mentale de l’enfant est un élément fondamental pour le développement et la coexistence pacifique d’une société.» Parfaitement, insiste Andre Agassi: «Les enfants sont notre avenir.» C’est pourquoi, via sa fondation, il tente de pallier les insuffisances du système éducatif américain en offrant des programmes scolaires individuels qui préparent les enfants défavorisés aux études supérieures. Le taux de réussite est pour l’heure proche du maximum et cette approche s’est exportée dans d’autres Etats du pays.

Le fil d’Ariane du couple? Mettre leur popularité au service d’une bonne cause pour essayer de rendre le monde un peu plus humain. «C’est un engagement sur le très long terme», assure Steffi Graf.

Mais le sport? Tentative smashée. On comprend vite qu’il est inutile d’insister. Non la championne allemande ne parlera pas de sa victoire olympique ni de ses 22 titres en Grand Chelem. Pas plus qu’Andre Agassi ne veut évoquer son incroyable retour au premier plan, à la place de numéro un mondial, après une longue traversée du désert en 1997 où il était retombé dans les profondeurs du classement ATP. Aucune allusion non plus à ses victoires en Coupe Davis et en Masters Series. On retiendra la ténacité, l’abnégation et une volonté hors norme. Les mêmes qualités que le couple met dans ses actions caritatives. Les deux personnalités savent d’ailleurs très bien que la victoire n’apporte qu’un sentiment de satisfaction fugace. Elle n’est que de courte durée. «Notre action est bien plus gratifiante, profonde, qu’une victoire sur un court de tennis. Elle nous donne davantage de plénitude», selon Andre Agassi.

Reste que lever des fonds pour financer les activités de leurs fondations devient plus difficile. Surtout en Europe où les effets de la crise économique se font ressentir, aussi sur les donateurs, regrette la blonde allemande. Andre a, lui, moins de problèmes. Sa fondation a déjà récolté plus de 170 millions de dollars depuis sa création. Kirk Kerkorian, l’homme le plus riche de Las Vegas – selon Forbes –, a fait un don de 18 millions il y a deux ans. De quoi assurer la pérennité de l’association. Important certes mais là ne réside pas forcément l’essentiel. «C’est l’éducation qui ouvre toutes les portes», martèle encore une fois le couple. Un message qu’il veut porter très loin. Aussi longtemps que possible, dit-il

«Notre action est bien plus gratifiante, profonde, qu’une victoire sur un court de tennis»

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