Elle aime rendre simple ce qui est compliqué. Et elle a depuis toujours une passion pour la communication, qu’elle met au service des questions écologiques. A Marseille, en septembre dernier, Stéphanie Lux participait au Local Action Summit, dont elle a été l’une des chevilles ouvrières, et qui a vu l’adhésion des villes à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La reconnaissance, enfin, de leur rôle par cette organisation sise à Gland (VD), voisine du WWF.

Un moment crucial, même si cette éternelle optimiste en espérait un peu plus. «Un manifeste qui engage les collectivités locales à développer des espaces verts et à souscrire au fameux Nature Urban Index, c’est bien. Mais insuffisant.» Ce fut aussi pour elle l’occasion de revoir Nicolas Hulot, qui participait à une conférence sur les pesticides. «Toujours aussi combatif, raconte-t-elle. J’ai pour lui une immense admiration.»

Avec Nicolas Hulot, nommé Envoyé spécial pour la protection de la planète par le président Hollande en amont de la COP21, elle a sillonné le monde entier pour mobiliser les gouvernements, les entreprises et la société civile. Stéphanie Lux a tout particulièrement œuvré pour le Sommet des consciences impliquant les autorités religieuses, toutes croyances confondues. Et elle s’émerveille encore de la 2e encyclique du pape François sur la «sauvegarde de la maison commune». Catholique, baptisée, elle se dit croyante et nourrit une foi inséparable de ce que le Saint-Père a appelé l’«écologie intégrale». Et d’ajouter: «Pour moi, l’optimisme est un devoir. Et une discipline.»

Occasion manquée

Pourtant, il y aurait matière à découragement. «Nous avons manqué, avec l’Accord de Paris, en 2015, une occasion historique en repoussant dans le temps la limitation des hausses de température à 1,5°C.» Et c’est peu dire qu’elle n’attend pas de grands résultats de la COP26 qui va s’ouvrir le 1er novembre à Glasgow. Elle se montre plus optimiste sur la défense de la biodiversité, qui bénéficie d’un large éveil. A commencer par celui de la Chine, hôte de la COP15 pour la biodiversité, qui se tiendra, le printemps prochain, à Kunming.

L’avenir de la planète se joue bien sûr dans les territoires urbains, mais surtout dans ce qu’on appelle les territoires de nature ordinaire: les champs, les forêts, les déserts...

Stéphanie Lux

Née dans la banlieue ouest de Paris d’un père d’origine alsacienne qu’elle a à peine connu et d’une mère hôtesse de l’air, Stéphanie Lux dit elle-même qu’elle a eu «une enfance compliquée». Elle fait des études d’histoire qu’elle interrompt après un diplôme d’études universitaires générales. Par passion pour la communication, l’environnement, les sciences. Elle préfère d’ailleurs le terme de «passeuse» à celui de «communicante». Et s’insurge, en matière d’écologie, contre tous les dogmatismes. Avec cette conviction comme boussole: «Le dialogue, c’est quand on croit que l’autre détient une part de vérité qu’on ignore.»

Alors qu’il faut souvent en France être passé par les grandes écoles pour entrer dans les cercles du pouvoir, elle se fraie rapidement, en presque autodidacte, son chemin dans les hautes sphères de la gauche plurielle et fait partie, entre 1997 et 2002, du cabinet du premier ministre Lionel Jospin. Après le changement de gouvernement, elle occupe le poste de directrice de la communication de l’Institut national de santé et de recherche médicale (Inserm) avec ses 6500 collaborateurs. Puis celui de l’Institut français de recherche sur l’exploitation de la mer, l’Ifremer.

Retour sur terre, en quelque sorte, en 2008 avec la création de NatureParif. Cette agence active à l’échelle de l’Ile-de-France vise à réintroduire la nature en ville et se révèle pionnière en matière de défense de la biodiversité. «Une expérience professionnelle essentielle», confie-t-elle. C’est le passage à l’action, mais aussi l’occasion de développer une vision différenciée de l’écologie qu’elle développera encore au contact de Nicolas Hulot, notamment.

«Les arbres, c’est facile…»

On dit volontiers que les villes où vit plus de la moitié de l’humanité, qui riment avec pollution et bétonnage, constituent à la fois le problème et la solution aux dérèglements climatiques. «C’est un peu court, observe Stéphanie Lux. L’avenir de la planète se joue bien sûr dans les territoires urbains, mais surtout dans ce qu’on appelle les territoires de nature ordinaire.» Pas les réserves de nature exceptionnelle, mais les champs, les forêts, les déserts…

Un chiffre: plus de 52% des sols cultivés qui font vivre la population mondiale sont dégradés, voire très dégradés. Les villes tirent leur subsistance de cette nature ordinaire qui les entoure. Voilà pourquoi il ne suffira pas de végétaliser les espaces urbains. «Les arbres, c’est facile. Tout le monde est d’accord.» Mais après?

Son expérience, Stéphanie Lux la propose désormais au travers de sa société, créée il y a quatre ans, la bien nommée Chances Conseil. Une réorientation qui lui aura redonné la liberté de parole et de mouvement dont elle rêvait et qu’elle ne se prive pas d’utiliser. Comme beaucoup de Parisiens, la pandémie l’a fait réfléchir sur la vie en métropole, qu’elle ressent de plus en plus dure. D’ailleurs, elle s’apprête à déménager, à quitter la capitale. Pour la campagne? «Vous plaisantez, je reste une citadine.» Direction Marseille. Son mélange des populations et des cultures. La Méditerranée. La lumière.


Profil

1965 Naissance à Suresnes, près de Paris.

1997 Rejoint le cabinet du premier ministre Lionel Jospin.

2008 Création de l’agence NatureParif, sous l’égide du Conseil régional d’Ile-de-France.

2013 Conseillère de Nicolas Hulot alors Envoyé spécial du président Hollande pour la préparation de la COP21.

2017 Création de sa société Chances Conseil.


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