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contraception

La stérilisation, (é)preuve d’amour

Les polémiques liées aux pilules de 3e ou 4e génération poussent certains couples à se tourner vers la vasectomie. Une manière aussi pour les hommes de partager le fardeau de la contraception

Elle: «J’ai largement fait ma part. A ton tour maintenant.»

Lui: «Si tu me quittes dans les cinq ans à venir, j’aurai vraiment l’impression de m’être sacrifié pour rien.»

De quoi parlent-ils? D’opter pour un temps partiel ou de renoncer à une promotion pour s’occuper des enfants? De délaisser le parapente et les week-ends vélo pour emmener Julie au tennis et Hector à la piscine? De subir une vasectomie pour ne plus avoir d’enfants. Ariane et Alain, 40 et 47 ans, ont en commun deux bambins et l’envie d’en rester là.

«En vingt ans, j’ai testé tous les moyens de contraception et j’en ai marre, témoigne la Genevoise, infirmière. La pilule et le préservatif sont contraignants, le stérilet aux hormones est contre-indiqué chez moi pour des raisons médicales, celui en cuivre est moins fiable… J’ai envie d’une vie sexuelle libérée des contraintes et des angoisses inhérentes à une potentielle grossesse et j’estime que c’est à lui de s’en préoccuper désormais.»

Lui? Il semble résigné plus qu’enthousiaste. «J’ai l’impression que ça va se faire. Cela apportera indéniablement un confort à nos rapports sexuels – nous en sommes rendus aux préservatifs ou à la technique plus primaire de l’interruption, rien de très spontané – mais j’avoue que le côté définitif des choses m’effraie un peu. Il semble clair que nous n’aurons plus de bébé ensemble, mais si nous nous séparons ou qu’il lui arrive quelque chose? Un homme qui se retrouve sur le marché des célibataires perd clairement un avantage s’il ne peut plus concevoir d’enfants, même à 47 ans», estime l’avocat.

La vasectomie, en réalité, n’est pas totalement irréversible. Il est possible de pratiquer une vasovasostomie, opération consistant à relier les deux parties du canal déférent, sectionné durant la vasectomie (lire encadré). «Celle-ci réussit à 90% si elle est effectuée dans les quinze ans, mais le taux de grossesse tombe alors à 60%, ce qui correspond aussi souvent à l’âge plus avancé de la mère potentielle», explique le docteur Georges-Antoine de Boccard, urologue à la clinique genevoise Beaulieu. Pour autant, il préconise de considérer l’intervention comme définitive et refuse les patients très jeunes et sans enfants.

Depuis fin 2012, le professeur constate une augmentation des opérations autant que des demandes d’informations à ce sujet. En moyenne, l’établissement compte une centaine de vasectomies par année. Depuis janvier, il s’en pratique environ cinq par semaine. Si le recul manque pour évoquer une tendance, le spécialiste s’interroge sur un lien avec «la vague de panique liée aux affaires de pilules en France». En janvier notamment, plusieurs cas de thrombose liés à l’utilisation de la pilule Diane 35 ont été révélés, poussant de nombreux couples à se tourner vers un autre moyen de contraception. Au CHUV, où une cinquantaine de vasectomies sont pratiquées chaque année, le chiffre est stable depuis longtemps. Idem au sein du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique, qui plafonne à 15 opérations par an et n’a pas constaté de modification en 2013.

Pour Zach, Romand de 45 ans, l’affaire Diane 35 a «précisé les choses». L’homme s’est fait opéré il y a deux mois et un spermogramme de contrôle vient de lui confirmer sa toute nouvelle stérilité. «Je suis soulagé; désormais, les choses sont claires, confie le travailleur social. J’ai trois enfants et il y a dix-sept ans de différence entre l’aîné et la cadette, née d’une seconde union. Je paie déjà une pension alimentaire, il est bon d’arrêter là! Ma compagne est fumeuse et supporte mal la pilule, nous nous sommes donc tournés vers quelque chose de plus radical et de moins chimique. Elle aurait pu subir une ligature des trompes mais c’est une opération bien plus lourde que la vasectomie et je voulais partager le poids de la contraception avec elle.»

Une capacité d’empathie qui a convaincu Wim également, opéré il y a un an: «J’ai vu ma femme donner naissance à nos deux enfants, je me suis dit que je pouvais bien prendre cette intervention sur moi. Elle a duré 40 minutes et tout s’est bien passé». Zach, lui, admet qu’il n’a pas été facile de se «retrouver les parties génitales à l’air devant un défilé d’infirmières», ni agréable «de devoir s’asseoir sur un sac de glace durant deux jours», mais l’opération s’est faite en ambulatoire et n’a pas nécessité d’arrêt de travail. Il rassure également les hommes qui craignent de laisser une partie de leur virilité dans l’intervention: «Cela n’a modifié ni mes érections ni mes éjaculations ni mon anatomie».

Alain, Zach et Wim correspondent parfaitement au profil type du candidat à la vasectomie. «La plupart ont 40-45 ans, une épouse du même âge et déjà deux ou trois enfants. Ils ont souvent peur des complications liées à la contraception féminine, en particulier lorsque leur compagne est en surpoids, fumeuse ou a de la tension. Ils viennent souvent en couple mais ce n’est pas une obligation, note le professeur de Boccard. Nous avons également des très jeunes hommes, 22-23 ans, qui trouvent le monde trop moche pour faire des bébés. Nous les refusons. Puis des plus âgés, 55-60 ans, voulant à tout prix se prémunir d’une paternité.»

Laurent Vaucher, urologue et médecin associé au CHUV, établit le même constat, ajoutant que toutes les couches de la population sont concernées. Là, les personnes de moins de 35 ans sont refusées, comme les hommes n’ayant jamais eu d’enfants. Une dizaine de vasovasostomies sont effectuées tous les ans. «Dans 80 à 90%, il s’agit d’hommes divorcés ayant une nouvelle petite amie, plus jeune et désirant des enfants. Plus rarement de couples ayant perdu un enfant et, parfois encore, des hommes ayant opté très jeunes pour une vasectomie et le regrettant aujourd’hui», détaille le spécialiste.

Pierre, 49 ans aujourd’hui, a subi une vasectomie à l’âge de 30 ans, mais il avait déjà quatre enfants. «Vu mon âge, le médecin avait alors demandé à rencontrer mon épouse. Elle était plus sceptique que moi mais s’est laissée ­convaincre. Nous avons accueilli après coup une petite fille, peut-être que nous ne l’aurions pas fait sans la vasectomie mais nous n’avons jamais eu de regrets. La page est vraiment tournée; nous avons désormais un petit-enfant! Quant à l’argument de refaire sa vie, il n’en est pas un pour moi. D’abord, je vis toujours avec mon épouse et, si vraiment je devais refaire ma vie, eh bien, justement, ce serait pour la refaire différemment, donc sans enfants!»

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