En trente ans, les chambres d'hôte ont rencontré un succès étonnant en France, sans pour autant faire de l'ombre aux hôteliers. La Fédération nationale des gîtes de France, qui recense et contrôle les B & B et apporte une aide à leur création, a développé ce produit en 1968. Clin d'œil aux Valaisans, cette année-là était celle des Jeux olympiques de Grenoble. En 1970, la Fédération compte 150 chambres. En huit ans, ce chiffre décuple largement: 1850 chambres. Mais c'est à partir du milieu des années 80 que l'offre explose. Ainsi, en 1998, on dénombre 21 000 chambres d'hôtes sous le label «Gîtes de France».

La raison d'un tel succès? D'abord confinée à quelques régions, la chambre d'hôte se développe lentement mais sûrement, de telle sorte que les voyageurs peuvent établir leur circuit de B & B dans toute la France. Puis la presse y va de son refrain, en popularisant ce mode d'hébergement. Les gens aiment: «le rapport qualité-prix est bon, l'accueil personnalisé», commente Clotilde Mallard, directrice adjointe de la Fédé-

ration nationale des gîtes de France.

Il n'en faut pas plus pour que fermiers, propriétaires de villas et châtelains retapent leur logis et sonnent à la porte de la Fédération. Certains cherchent dans le développement de la formule B & B des revenus substantiels. «C'est une tendance que l'on constate depuis cinq ans environ, explique Clotilde Mallard. Des propriétaires pensent pouvoir faire un métier de la location de quelques chambres. Nous essayons de calmer la frénésie, car c'est un peu un miroir aux alouettes. Ce n'est pas un métier viable.»

55 francs la nuit

Le prix moyen d'une nuit se situe aux alentours de 220 à 230 francs français (environ 55 francs suisses), petit déjeuner compris. Ces petits prix font-ils de la concurrence aux hôteliers? Ce n'est apparemment pas le cas. «Nous avons de bons rapports avec les hôteliers, souligne Clotilde Mallard. Les chambres d'hôtes ont une petite capacité d'accueil (au maximum six chambres). Seulement 30% des adresses offrent une restauration, et très peu de clients en profitent. Globalement, la chambre d'hôte séduit une clientèle différente de celle rencontrée dans les hôtels.»

Les relations n'ont pas toujours été roses entre la Fédération nationale de l'industrie hôtelière et les propriétaires de chambres d'hôtes. «Une concurrence s'est déclarée lorsque ces chambres se développaient en dehors de toute structure, explique Constance Perrin, chargée de la communication. Il y avait une inégalité de traitement: les hôtels étaient submergés de charges, alors que les propriétaires de chambres n'en avaient aucune. Nous avons donc dû hausser le ton. Aujourd'hui, nous combattons les chambres illégales aux côtés des Gîtes de France, et tout se passe bien. L'offre des chambres est perçue comme complémentaire par les hôteliers.»

En Suisse, le développement des chambres d'hôtes n'est pas vraiment perçu comme une menace. Stefan Senn, porte-parole de la Société suisses des hôteliers, fait contre mauvaise fortune bon coeur: «Il est clair que les chambres d'hôtes font de la concurrence aux hôteliers. Mais il est bon d'élargir l'offre touristique. Il vaut mieux que des touristes viennent en Suisse et logent dans ces chambres plutôt qu'ils désertent notre pays.»

Les hôteliers ont tout intérêt à offrir la bienvenue à ce qui devient de toute façon un trend durable. Comme l'explique Charles-André Ramseier, directeur de l'Office du tourisme du canton de Vaud et membre de la direction de Suisse Tourisme, «l'hébergement chez l'habitant doit absolument être développé chez nous, car cette formule est très sollicitée. A certaines périodes de l'année, la demande est dix fois supérieure à l'offre.» A ses yeux, les chambres d'hôte sont une offre complémentaire à celle des hôtels. «Si dans les milieux du tourisme on voit de la concurrence partout, on est fichu. Il faut placer l'hôte au centre des débats»

Il existe un guide «Bed and Breakfast Switzerland», dont la version 1998 vient de paraître. A commander c/o Nicole Neyroud-Détraz, rue du Village 38, 1802 Corseaux, tél. et fax 021/923 67 41.