«Il pleut des cordes depuis quelques jours, mais dans l’ensemble j’adore le climat ici. Pour rien au monde je ne regrette le froid et la neige du Colorado où j’ai vécu plusieurs années. Cela fait six ans que j’ai quitté les Etats-Unis pour venir m’installer au Panama, d’abord pour travailler avec une ONG. Au bout d’une année, mon employeur a voulu m’envoyer dans le Maine, mais c’était clairement hors de question. Passer de longs mois d’hiver dans un coin isolé, non merci. J’ai donc décidé de rester ici et c’est comme ça que j’ai finalement ouvert le New York Bagel Café, le seul endroit du pays où l’on peut manger d’authentiques bagels.» C’est un café d’habitués, constitué d’expats et de gens du coin. Les clients viennent bosser avec leurs ordinateurs portables, la plupart se connaissent. L’un d’eux m’a dit récemment qu’on est un peu tous des collègues de bureau ici. Je travaille avec douze employés, des Panaméens, des Colombiens et un Vénézuélien qui veut devenir un grand chef. D’ailleurs, demain je vais manger dans un resto français qui vient d’ouvrir, La Vie en rose.

»De plus en plus d’Américains viennent s’installer ici quand ils prennent leur retraite. Ils croient que c’est le nouveau Miami, mais la culture n’a rien à voir. En général, au bout d’une année, ils sont déjà loin.

»J’ai travaillé à l’Université de Berkeley, en sciences de l’informatique, et j’ai vécu un peu partout aux Etats-Unis, mais rien de là-bas ne me manque vraiment. Au contraire, depuis que j’habite ici, je m’extasie chaque jour de tout le temps que j’ai pour moi. Rien à voir avec ma vie d’avant. A vrai dire, je suis déjà presque à la retraite Je viens au travail quand je veux et j’organise mon temps à ma guise. Chez moi, je passe de longues heures à lire, étendu sur mon hamac. Peut-être qu’un jour j’ouvrirai un resto, qui s’appellera le «Chicago Style Pizza», pour l’instant, c’est secret.»