Niveau 5 déclenché

La Suisse se met en ordre de bataille. Si Berne recense toujours un seul cas confirmé de grippe porcine, appelée désormais officiellement grippe A(H1N1) par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre de personnes susceptibles d’être porteuses du virus éponyme est en revanche passé jeudi à 29.

Le niveau d’alerte 5 sur 6, décrété mercredi par l’OMS, s’est enclenché automatiquement pour le pays: à ce stade, le Conseil fédéral n’a plus besoin d’entériner formellement la décision. Toutefois, l’appréciation de la situation par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) reste déterminante, a expliqué hier son directeur, Thomas Zeltner. Selon lui, «cette grippe reste, pour l’heure, en Suisse, moins agressive qu’une grippe saisonnière». Il s’agit désormais de renforcer la surveillance, afin d’«éviter absolument que la maladie s’étende». Les autorités sanitaires ne voient cependant pas de raison de prendre à ce jour des mesures supplémentaires – tel que des restrictions de rassemblement – par rapport au dispositif décrété mercredi.

Cellule de crise réunie

La cellule spéciale chargée de coordonner la lutte contre une éventuelle épidémie, activée mercredi par le Conseil fédéral, s’est réunie pour la première fois jeudi matin dans sa version restreinte, sous la conduite du secrétaire générale du Département fédéral de l’Intérieur (DFI), Pascal Strupler. Cet organe, formé pour l’heure d’une vingtaine de représentants de tous les Départements fédéraux et de représentants des cantons, doit se rencontrer chaque semaine. Concrètement, cette cellule ne prend pas de décisions, mais vise à «favoriser le flux et la circulation des informations entre les différents échelons», explique Jean-Marc Crevoisier, porte-parole du DFI. Des responsables de l’armée étaient présents.

Cantons parés

Dans le cadre de la mise en œuvre des mesures de lutte contre la propagation de la maladie, la Confédération, par l’entremise de l’OFSP, tient surtout un rôle de coordination et de conseil. Les cantons restent les véritables responsables du déroulement des opérations.

Les cantons romands sont attentifs à la situation. A Neuchâtel, le Service de la Santé publique a envoyé un courrier à tous les médecins pour les informer sur les mesures à prendre en cas de doute. Même chose pour les hôpitaux. Dans le Jura, on annonçait hier soir qu’une jeune fille de 19 ans, rentrée du Mexique ce jeudi, devenait un «cas suspecté» de grippe porcine. Sa situation était enccours d’investigation. de son côté, Fribourg ne déplore pour l’heure aucun cas déclaré. En cas de diagnostic positif, le service du médecin cantonal serait averti dans les deux heures et le(s) cas centralisé(s) et pris en charge à l’hôpital cantonal. En Valais, le médecin cantonal Georges Dupuis a enregistré un cas suspect de grippe porcine, pris en charge à l’hôpital de Sion ce lundi. Les résultats des tests du laboratoire central à Genève sont attendus aujourd’hui. Dans le canton de Vaud, cinq cas suspects sont sous investigation. Le groupe d’experts «Pandémie» a été activé. A Genève, aucun cas de grippe n’était recensé jeudi. Les trois cas suspects rapportés la veille ne se sont pas vérifiés. Le canton a déclenché le dispositif OSIRIS, qui sert à coordonner les efforts en cas d’événement majeur.

Précisons encore que la révision de loi fédérale sur les épidémies (LEp), qui sera bientôt transmise aux Chambres fédérales, précisera la répartition des tâches entre la Confédération, les cantons et des tiers. Elle remplacera le texte actuel, qui porte encore la marque de la lutte contre les épidémies telle qu’elle était conçue au XIXe siècle.

Entreprises en garde

Les entreprises montent aussi désormais au créneau. Les plans d’action, dont nombre d’entre elles se sont dotées en prévision d’une pandémie, prévoient des efforts substantiels en cas de passage à la phase 5. Ils préconisent notamment de remettre à jour les coordonnées des employés pour éviter toute mauvaise surprise le jour où quelqu’un devra être contacté d’urgence; de renflouer les stocks de matériel en prévision de possibles coupures d’approvisionnement; de prévoir des locaux spécifiques susceptibles d’accueillir momentanément des personnes suspectées d’être atteinte de la grippe; d’informer le personnel sur les mesures d’hygiène à respecter plus soigneusement qu’à l’habitude; etc, etc. «Il y a phase 5 et phase 5, tient cependant à nuancer Denis Froidevaux, chef de l’état-major vaudois de conduite. On ne prend pas les mêmes mesures, à ce stade de la contamination, face à un virus peu virulent que face à un virus très agressif. Le A(H1N1) qui nous arrive paraît sensiblement moins mortel pour l’homme que le A(H5N1) de la dernière grippe aviaire. Donc il faut se préparer sans aucun doute. C’est même là la clé du succès. Mais il ne faut pas exagérer. Il n’y a pas de raison, par exemple, de limiter les réunions.»

Aéroports sur le qui-vive

L’aéroport de Cointrin est entré jeudi dans une nouvelle phase de son Business Continuity Plan. Son personnel s’est vu recommander des règles de prudence baptisées «de bons sens», comme «éviter les contacts inutiles» ou «conserver une distance sociale raisonnable». A partir de ce vendredi, ses voyageurs auront par ailleurs droit à des brochures d’information, où ils trouveront les conseils de l’Office fédéral de la santé public.

L’aéroport de Kloten a reçu, lui, en fin de matinée, un vol de ligne en provenance de Cancun, au Mexique. A cette occasion, une procédure exceptionnelle a été utilisée. Les 300 passagers ont subi un examen de santé au départ. Puis, une fois dans l’avion, ils ont dû remplir un formulaire pour indiquer leurs coordonnées de manière à pouvoir être joints rapidement dans les semaines suivant leur arrivée. Aucun d’eux ne présentait apparemment de symptômes de maladie.

Les hôpitaux discrets

Surtout ne pas dramatiser. «Nous n’avons pas modifié notre dispositif mercredi, assure le délégué à la sécurité des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), Pierre Brennenstuhl. Nous nous comportons comme lors d’une grippe saisonnière grave.» Il n’empêche. Une cellule de crise se réunit quotidiennement pour préparer une possible montée en puissance. Et le site Intranet de l’établissement est actualisé plusieurs fois par jour pour donner au personnel les dernières nouvelles de l’épidémie.

Le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) y va aussi en douceur. Seul établissement du canton à prendre en charge les cas de A(H1N1), il a installé devant certains de ses accueils des panneaux d’information sur le A(H1N1). Mais derrière ce calme apparent, le milieu s’agite. Les hôpitaux régionaux du canton seront prêts dans quelques jours à s’occuper eux-mêmes de victimes de l’épidémie.

Pharmacies sous-dotées

Nombre de pharmacies ne disposent plus de masques de protection en ce milieu de semaine. «Certains grossistes en manquent face à l’accroissement inattendu de la demande, explique Marcel Wyler, responsable de la communication de pharmaSuisse. Cela n’a rien d’étonnant. Personne ne parlait d’une possible pandémie de grippe il y a encore une semaine.»

«Nous avons de la peine à nous procurer des masques sur le marché, poursuit Heinrich Jacobi, gestionnaire de produit chez le grossiste Polymed Medical Center. Les producteurs à qui nous en demandons ne nous en envoient pas en quantités suffisantes. Il faut dire que nous venons pour eux en queue de liste. Ils envoient en priorité leur matériel dans les pays les plus touchés par l’épidémie. Et lorsqu’ils en vendent en Suisse, ils privilégient les hôpitaux et les centres de soins d’urgence.»

Test du virus disponible

Des chercheurs du laboratoire central de virologie des Hôpitaux universitaires de Genève ont mis au point un test qui permet d’effectuer le diagnostic du A(H1N1) en 36 heures. Le procédé, désormais disponible, a déjà permis d’identifier le seul cas avéré de Suisse et d’écarter trois cas suspects.