Pas facile de représenter la Confédération au Congrès de Yokohama. L'ambassadeur Jean-Francois Giovannini, qui devait exprimer ce mercredi la position Suisse, n'a ainsi pas été associé à leurs réflexions par ses collègues de l'Union européenne. La structure du congrès, plus proche d'un symposium pour organisations non gouvernementales que d'une conférence d'Etats membres, gène aussi la délégation suisse malgré la présence à ses côtés, des délégués de Terre des hommes Suisse: «Ce congrès est un instrument de travail explique l'ambassadeur Giovannini. On ne négocie pas un plan d'action. On esquisse une plate-forme.» La Suisse, dans ce contexte, a donc autant à apporter qu'à apprendre: «Nous venons avec une expérience, une base juridique et légale. L'un des défis pour la Confédération est en revanche de répondre, en matière d'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales, à l'appel pressant pour une plus grande coopération policière internationale. De ce point de vue, la très grande division helvétique des compétences, avec le système cantonal, peut être une source de difficultés.»

La Confédération a ratifié la convention 182 de l'Organisation internationale du travail qui bannit les pires formes de travail et d'exploitation des enfants, incluant les violences sexuelles. Les lois suisses permettent aussi de condamner, dans le canton d'origine de l'accusé, tout citoyen suisse coupable d'abus sexuels contre des enfants à l'étranger. La prise de conscience des nouvelles formes de criminalité impliquant des enfants est importante, même s'il est difficile de quantifier le phénomène: «Doit-on parler d'une explosion des abus sexuels contre les enfants ou d'une plus grande visibilité de ces abus? interroge Barbara Fontana, du Département fédéral des affaires étrangères. La conseillère nationale et membre de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe Ruth Gaby Vermot Mangold, elle aussi à Yokohama, complète: «Une meilleure évaluation est indispensable, d'où la nécessité d'un plan d'action global de protection de l'enfance. La Suisse doit investir pour prévenir et endiguer ce fléau, à domicile et à l'étranger.» La coopération des ONG et du secteur privé a également retenu l'attention des représentants helvétiques: «Les pays démocratiques agissent sous pression. En cela, les mouvements issus de la société civile ont un rôle décisif» concède Jean-Francois Giovannini.

La position officielle de la Confédération préconise une «alliance accrue, au niveau politique et opérationnel, entre les pays de l'OCDE» et les Etats européens. Elle reconnaît par ailleurs le défi posé par «l'explosion de la cybercriminalité». Elle préconise enfin une «tolérance zéro» et soutient le maintien d'une protection pour les mineurs jusqu'à 18 ans, même si la majorité sexuelle est fixée à 16 ans. Tout abus sexuel à caractère commercial sur un mineur est donc un délit et peut conduire ses auteurs en justice, même si la victime est «sexuellement majeure» et a donné son consentement.

Ces déclarations ne doivent toutefois pas faire oublier certaines réalités: la Suisse paie aujourd'hui les pots cassés du démantèlement passé de sa cellule de lutte contre le crime sur Internet, qui vient enfin d'être reconstituée. «On a perdu un temps décisif» regrette un volontaire d'Ecpat (End Child Prostitution and Trafficking).

La justice fédérale est aussi handicapée dans ses investigations par l'absence, dans les ambassades suisses des pays où les pédophiles affluent (Mexique, Thaïlande, Philippines…) d'attachés de police capables de tisser des liens avec les flics locaux: «Trop souvent, la corruption est l'échappatoire pour les pédophiles reconnaît-on à Ecpat. Si la Suisse veut s'attaquer à ses ressortissants coupables de crimes sexuels sur des enfants, il faut d'abord avoir accès à l'information sur le terrain…»